Inspiration

Nous avons le plaisir de partager avec vous ce récit signé Nicole Chappuis (Suisse) au retour de notre voyage « Opéra Sauvage » (juillet 2015) qui vous amène explorer les terres lointaines de l’Extrême Orient russe, au Kamtchatka

Si loin de tout…

L’avion traverse l’immensité. Il est difficile de suivre le plan de vol parce que la courbure de la terre mange une partie du trajet… Moscou-Petropavlosk-Kamtchaski, neuf fuseaux horaires.

Encore un mot vrillé à l’inconnu, comme la Terre de Feu, le Potala ou les Kerguelen : Kamtchatka glissant son nez au front lointain des Sibéries. Une terre confite en vert, avec l’acné persistant de ses innombrables volcans, abandonnée de tous, vivant au rythme de ses éternuements, une terre peut-être consacrée aux foudres intérieures, longtemps cadenassée par le verrou du soviétisme. Des diables de soufre, des anges de neige, des cônes parfaits couverts de pelisses noires, des guenilles de neige sale, des cuvettes d’eau dangereuse… Puis viennent les impénétrables manteaux des forêts, tous les verts sillonnés de méandres grisâtres.

Où est la vie ?

On la sent présente, mais elle nous fuit dans les cours d’eau troublés par l’incessant passage des saumons dans leur voyage du bout du monde où rôde l’épuisement décolorant. L’ours est là, il veille, se jette à l’eau et rafle une proie qu’il déchire d’un coup de patte. Au-dessus planent les grands oiseaux noirs. Les cris des sternes brisent la surface du lac. La vie s’égare dans les fourrés.

L’eau est partout. Elle se perd dans le ciel, il n’y a pas de limite, les bleus et les reflets se mêlent et s’épousent dans une toile fluide. On est la tête à l’envers dans un univers lisse, un miroir à deux faces. Où poser le regard ? Les eaux brillent, les forêts restent impénétrables, les coulées de lave prennent racine, les puits de soufre s’éventent, les geysers crachent, la neige ne fond plus et cache ses trous sous des lacs à peine gelés, marmites de boue et pièges visqueux gorgés d’eau. Partout un reflet de plomb colmate une eau noire.

Un miroir projette à l’envers le ciel étonné d’être aussi bleu. C’est une chaleur morte, venue des profondeurs encore insondées. C’est un retour au début : le noir et le blanc, le sombre et l’éblouissant, le passé et le présent. Il faut retrouver le regard, l’œil unique fixé sur le rougeoiement intérieur. Ne pas oublier que l’infini poursuit sa course et que la quête passe par les forges rouges et noires, une pluie de noir sur le blanc. La terre est-elle en colère ? Ou simplement éructe-t-elle des paroles inconnues de tous ?

On marche sur le danger, on flirte avec le feu, on respire l’enfer. Il n’y a ni dieu ni diable, mais une terre nouvelle qui ne cesse de naître. Une terre vive qui se joue des éléments, qui les façonne patiemment, jour après jour, une terre créatrice, peut-être une déesse implacable ?

Kamtchatka, gigantesque éternuement, maladie de la peau, vent foulant la croûte verte hors d’atteinte, terre de mystères et d’erreurs où se côtoient égarements et retrouvailles. Il faut partir pour retrouver le temps…

Nicole Chappuis

Pour compléter ce récit, NORD ESPACES vous propose aussi le film tourné pendant ce voyage :

kamtchatka 215

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s