JE VOUS SALUE BIEN BAS…

 

La vie est faite de rencontres. Il y en a qui changent notre vie, d’autres restent gravées dans notre mémoire. Alors que le monde entier semble avoir été exploré et que l’avancée technologique interdit de se perdre, la « rencontre » est paradoxalement devenue plus difficile. Le Voyage reste une expérience unique pour nourrir notre réflexion, éveiller nos sens ou soigner nos âmes.

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La vie c’est un chemin, les uns vont jusqu’à la boulangerie, les autres vont au bout du monde. Je veux vous parler aujourd’hui de ceux dont j’ai croisé la route – ou qui ont croisé la mienne – et qui nous donnent un exemple extraordinaire de la volonté de vivre et de sentir.

J’ai guidé un groupe de nos voyageurs au Kamtchatka . Ce n’était pas un voyage-croisière tant apprécié par le troisième âge, pas non plus le voyage chic avec déplacement uniquement en hélicoptère, c’était un voyage d’aventure avec ses aléas, ses incertitudes, ses moments extraordinaires mais aussi avec ses moments de fatigue et d’inquiétude.

J’ai découvert Roger déjà à l’aéroport ; c’était son épouse qui s’est occupée de toutes les formalités d’inscription en me demandant de ne pas me focaliser sur leurs âges. J’apprends sur le champ que depuis un an Roger est atteint de la maladie de Parkinson et donc qu’il est sous traitement. Cet homme de 83 ans, d’une petite taille, avec ses yeux emplis d’une gentillesse, n’était pourtant pas du genre à se laisser abattre. Il marchait, il grimpait, il transpirait avec nous, il chantait, il combattait la maladie avec son mental d’acier, il vivait… il vivait de toutes ses forces le voyage dont il avait tant rêvé… Quelle leçon de vie ! Quand j’étais petit, me disait-il, je rêvais du lac Titicaca et je l’ai vu ; ensuite j’ai rêvé de plein d’autres contrées et je continue à rêver.

Il faut croire que c’était cette année là un voyage un peu particulier parce que Bernard faisait aussi partie du périple. Personnage totalement différent, sans femme, ni enfant, cet ancien chirurgien de 76 ans n’a pas arrêté de voyager dès lors qu’il a retrouvé sa liberté en partant à la retraite. « Je gaspille ma fortune en parcourant ce monde », me disait-il et il ajoutait : « parce que la seule chose qui me fait peur à mon âge c’est l’ennui ». A 76 ans, pendant le stop entre la France et le Kamtchaka, il glisse sur les escaliers du métro à Moscou parce que son regard était retenu par des beautés slaves. Côte cassée au tout début du voyage ! On n’avait même pas atterri à Petropavlosvk-Kamtchatki et la véritable aventure entre volcans, ours et nomades n’avait pas débuté. « Je vous rapatrie, Bernard » je lui dis de suite. « Mais hors de question » me répond-t-il. Plus de mille kilomètres en 6×6 et en 4X4 sur des routes accidentés avec une côté cassée. Jusqu’à la fin du voyage, malgré la grimace de douleur que j’apercevais en cachette de temps à autre, il était le dernier de mes soucis. Heureux comme un gamin à la fin du voyage, à peine le pied posé sur le sol français, redécollage pour filer vers un autre horizon lointain, complètement différent, celui de Madagascar !

René de 80 ans a accompli ce même voyage il y a maintenant 4 ans. J’avais amené à cette époque durant ce voyage quelques livres qui ont circulé dans le car. Il avait comme voisine l’une de nos cuisinières qui faisait partie de l’équipage. Un simple livre de poche ANTHOLOGIE DE LA POESIE RUSSE doublé en russe et en français (Editeurs réunis ) a atterri sur son siège. Nous avalions les kilomètres sous la pluie et ces deux-là se livraient à la lecture d’un poème après l’autre chacun en sa langue. Lui ne parlait pas un mot de russe, elle ne parlait pas le français. Quelle était cette magie de Pouchkine, de Lermontov, de Nekrassov qui a opéré pendant ces moments mais ça fait quatre ans que je suis une messagère entre les deux points opposés du continent. L’audace de l’élégance de l’âme depuis ces années s’exprime à travers René.

« …La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour de confort… Vous restez jeune tant que vous restez réceptif. Réceptif à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini… »

Général Douglas MacArthur (1880-1964),

inspiré par Samuel Ullman (1840-1924)

Je vous salue bien bas Roger, Bernard et René…

Par Julia Rugens

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