Au fil de l’eau, de TromsØ à Svolvær …

Hurtigruten, pour vous, veut certainement dire croisière à bord de l’Express Côtier , mais il n’en a pas toujours été ainsi. Ces « routes rapides » – sens littéral du mot – ont été créées en Norvège pour remplacer les liaisons terrestres et le chemin de fer, impossibles à mettre en place à l’époque, et fournir un moyen régulier de transport des marchandises et des voyageurs entre le nord et le sud du pays. Ce service qui était largement subventionné par le gouvernement, a perduré jusqu’à ce que la construction de routes et de ponts vienne lui enlever, il y a à peine quelques décennies, cette fonction essentielle. Il est toutefois, toujours possible de monter à bord de ses navires en tant que simple « voyageur » et pour des liaisons point à point.

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Je l’ai fait pour aller de Tromsø, jusqu’à Svolvær, la capitale des Lofoten, et c’est ainsi qu’à la fin du mois de juin et dans un contexte de fraicheur et de pluie battante, histoire de ne pas oublier que le grand nord peut aussi avoir des aspects rigoureux en été, je me suis trouvé attendre l’arrivée du bateau, comme on le fait pour le train à la gare, bien au chaud dans un café du port. Elle était prévue à 23h45.

Un mot sur Tromsø pour vous faire patienter avec moi. Située à près de 400 km au nord du cercle arctique, c’est une ville moderne et active qui se pare du titre de « Paris du Nord ». Avec environ 70 000 habitants, c’est le plus grand centre urbain de la Norvège septentrionale. On peut y visiter un intéressant petit musée polaire et l’église paroissiale surnommée « cathédrale des neiges ».

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Son architecture particulière et sa présence remarquable dans le paysage la font parfois surnommer « opéra de Norvège », par référence au célèbre opéra de Sydney. On y trouve aussi le centre de découverte Polaria, avec un aquarium arctique. Mais à mes yeux, Tromsø est surtout un endroit parfait pour découvrir et admirer, entre octobre et mars, des aurores boréales.

Une exactitude proverbiale

A l’heure dite, le Finnmarken va se présenter pour l’accostage. Rien d’étonnant à cela car la ponctualité de la ligne est proverbiale. C’est le moment de quitter mon abri et de gagner le quai. Devant la coupée, attendent quelques autres passagers. Notre embarquement et les formalités au comptoir d’accueil seront rapides et je serai bientôt confortablement installé dans ma couchette pour profiter au mieux du reste de ma nuit.

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Le navire va quitter Tromsø à 01h30 et les étapes suivantes de sa route seront Finnsnes, Harstad, Risoyhamn, Sortland et Stokmarknes. L’arrivée à Svolvær est prévue à 18h30 demain soir.

Je ne me réveillerai pas pour jeter un regard sur Finnsnes, « touchée », comme on dit chez les marins, entre 04h15 et 04h45 du matin. Située sur le continent, face à l’île de Senja à laquelle la relie un pont de 1 147 m, c’est un centre agricole à l’ambiance dit-on très pastorale.

Il n’en sera pas de même avec Harstad à laquelle me lient de vieux souvenirs. J’y avais fait escale en 1958 avec une frégate de la marine qui assurait l’assistance de nos chalutiers de grande pêche en mer de Barents. Nous étions en pleine « guerre froide » et l’accueil des autorités navales norvégiennes y avait été particulièrement sourcilleux. Cette fois, c’est la paix et la pluie ayant cessé, je pourrai me promener tranquillement sur le front de port. Il s’agrémente d’une cabine téléphonique rouge à l’anglaise, d’une belle statue de cormoran et, allez-savoir pourquoi ? d’une mine navale de la seconde guerre mondiale, bien sûr inertée. Les 45 minutes d’escale passeront bien vite, mais la perspective du copieux petit déjeuner qui m’attend sur le bateau, m’aidera à ne pas trop le regretter.

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Chenalage délicat

L’étape suivante est l’une des plus intéressantes du voyage, au moins pour ceux qui s’intéressent à la navigation. Elle comporte le passage du canal de Risøy (Risøyrenna), qui s’étend sur 4,8 kilomètres le long du Risøysund. Sa largeur est de seulement 100 mètres et il n’est profond que de 7. C’est, pour des navires importants comme ceux d’Hurtigruten, l’un des transits délicats de la route intérieure. Ouvert depuis le 26 juin 1922, il permet d’éviter d’emprunter le dangereux Tjeldsundet où les courants sont très violents. Il a aussi mis fin, hélas pour eux, à la possibilité qu’avaient les habitants de Risoyhamn qui se trouve sur une île, de se rendre sur l’île voisine de Hinnoya à cheval, en empruntant un gué praticable à marée basse.

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Le Finnmarken va se glisser, à petite allure et précautionneusement, entre les nombreuses balises qui jalonnent le parcours. J’y reverrai avec joie ce que j’ai appelé ma « balise du Nord » : une modeste tourelle de pierres surmontée d’une sorte de petit drapeau, dont j’avais le souvenir et qui semble inspirer beaucoup de photographes et de peintres. Il est vrai qu’elle est singulière, posée à côté d’un petit arbre qui s’accroche avec elle à un banc de roches douteux.

A la sortie du canal, le bateau va faire dans la même foulée un beau demi-tour (1) pour accoster à Risoyhamn, désormais relié à Hinnoya par un pont. Le guide indique que de nombreuses colonies d’oiseaux marins, dont 160 000 macareux moines, ont élu domicile dans les environs. Il mentionne aussi la mine de charbon de Ramså (non exploitée car non rentable) où l’on trouve des squelettes complets d’ichtyosaures, gigantesques dinosaures en forme de poisson qui vivaient là il y a 150 millions d’années.

Je n’ai pas gardé souvenir de l’escale suivante, Sorland, sans doute parce qu‘elle a eu lieu pendant le déjeuner : c’était entre 12h30 et 13h00 ! Je vous dirai qu’on la surnomme « la ville bleue », parce qu’en 2000 ses habitants avaient décidé d’en peindre tous les bâtiments de cette couleur, pour fêter le nouveau millénaire et qu’ils ont continué depuis. Vous pouvez me croire : je ne l’ai pas vue !

Dans le berceau de la ligne

Stokmarknes qui lui succède ne peut, par contre, être négligée : c’est là que la Vesteraalens Dampskipselskap devenue Hurtigruten, avait établi son premier siège social en 1891 et il y est resté jusqu’en 1988. On peut y visiter à la course (1 heure d’escale), le musée de la compagnie, qui décrit son évolution et celle de ses navires pendant quelque 120 ans, et monter à bord d’un de ses anciens bateaux, un Finnmarken ancêtre du nôtre, qui est conservé au sec.

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Et voici maintenant que monte à l’horizon une barrière de montagnes. Ce sont celles des îles Lofoten et Vesteralen entre lesquelles se faufile le Raftsundet. Il s’agit du passage le plus spectaculaire (scenic diraient les Anglais) non seulement du voyage, mais aussi de toute la croisière Hurtigruten. L’avoir franchi à 23 ans comme chef de quart, est un souvenir marquant de ma vie de marin. Venant du nord, cela commence par un virage assez serré sur la droite, autour d’une petite île où gite un petit phare, puis il y a (maintenant) un pont sous lequel on va passer. Après, cela ressemble un peu à une large rivière, mais ne nous y fions pas, les courants y sont violents et quand la visibilité est mauvaise le transit demeure de haute école. Sur la passerelle du Finnmarken, le capitaine est certainement aux aguets. Tout au long du parcours, la montagne défile majestueusement le long du bord.

Nous stopperons un instant pour faciliter l’accostage d’une grosse vedette et y transférer des passagers qui participent à une excursion de découverte des aigles. Pour les autres et parce qu’il n’y a pas de vent, un numéro de « cirque », qui n’enchantera guère ma sensibilité de marin, se prépare.

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Un « numéro » inattendu

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Le Finnmarken va maintenant se glisser dans l’entrée très étroite du Trollfjord, aller jusqu’au fond de ce cul de sac qui s’évase, puis profitant de la « manœuvrabilité » que lui confèrent ses propulseurs d’étrave et l’action combinée de ses hélices et de son grand gouvernail, faire un tour sur lui-même au ras des falaises, avant de ressortir. La chose est parfaitement inutile pour la navigation mais, restons aimable, bravo l’artiste… ou le chien savant ?

La fin du transit renouera heureusement avec l’authenticité maritime et nous sortirons bientôt de la « vallée » pour retrouver l’océan. Environ une heure plus tard, Svolvær sera en vue et il ne faudra plus longtemps avant que nous salue la « femme du pêcheur », célèbre statue érigée à l’entrée des passes.

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Il est 18h30 et, comme il se devait, nous arrivons « pile à l’heure ! ». Il fait un beau soleil et on peut voir sur notre droite des séchoirs à morue, apparemment garnis seulement de têtes, droit devant, une montagne où se détache la Svolværgeita (la chèvre de Svolvær), monolithe de basalte très prisé des alpinistes (ils viennent de partout en été pour sauter entre les deux « cornes » de son sommet) et, sur la gauche, les bâtiments de la ville. C’est une cité animée et touristique, avec de nombreuses boutiques, des galeries d’art, des cafés et des restaurants où l’on peut goûter au steak de baleine ou à celui de renne et, évidemment, se régaler de poisson : il ne faut pas oublier qu’ici, c’est la Mecque de la morue (pardon, du cabillaud, comme on dit aujourd’hui) chaque hiver ! Pittoresque, l’habitat traditionnel des cabanes de pêcheurs peintes en marron y est toujours présent…mais ne nous leurrons pas, ces « rorbu » ont été réhabilités et beaucoup ne sont utilisés aujourd’hui que pour héberger les touristes.

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Sur le port et dans 2 heures, le Finnmarken va reprendre son chemin vers le sud…

  • Les navires de l’express côtier ne sont dotés de « portes » pour les passagers, les marchandises et les voitures, que sur le côté gauche (bâbord) de leur coque. C’est donc toujours celui-ci qui doit se trouver à quai et cela impose souvent de « retourner » le bateau avant son accostage.

HURTIGRUTEN comme si vous y étiez !

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Texte & Photos : Jean Marie PUJO

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