UN LOUP DES FORÊTS RUSSES

AVRIL 2017, je rencontre Volodia à l’aéroport où il est venu me chercher. Il m’aborde alors que j’attends ma valise près des tapis roulants. « Vous êtes Julia ? ». Si je ne connaissais pas son parcours de biologiste et ses liens avec le docteur en biologie Valentin Pajetnov, grand spécialiste des ours, j’aurais dit qu’il sortait directement du bagne. L’homme de la forêt, grand, d’une cinquantaine d’années, au visage abimé par les vents et les tempêtes malgré la barbe de 3 jours, au regard fuyant, semble aussi causant et abordable qu’un ours adulte ou autant décalé dans un environnement urbain qu’un loup des forêts russes.

Une aventure avec des louveteaux

La famille de Volodia a quitté la ville de Moscou – où il est né – alors qu’il avait à peine dix ans pour s’établir dans la région de Tver. Son père lui transmet son amour pour la forêt, la vie sauvage et les loups. Passionné par l’expérience de Pajetnov avec les oursons orphelins, il entreprend une aventure similaire avec des louveteaux qui ne sera pas accueillie avec le même enthousiasme : le loup a une image et une réputation tout à fait différente du Teddy Bear. Fasciné par les loups et têtu, Volodia persévère dans ses recherches en s’établissant dans la Réserve naturelle de la Forêt Centrale, à la station biologique fondée par Docteur Pajetnov…

Loup de forêts russes 2

Par moments, j’ai impression d’avoir affaire à Mowgli : je sens à quel point il est mal à l’aise en ville. Il me le confirmera en privé. Pourtant Volodia parle l’anglais, utilise une caméra sophistiquée et l’ordinateur portable, conduit la voiture et essaye de décrocher des financements auprès de fonds publics ou privés majoritairement anglo-saxons pour ses loups.

Lors de notre halte dans un refuge forestier je ne résiste pas à lui poser la question du pourquoi ce désamour des villes. Sa réponse sera longue …. :

Loup de forêts russes 1

« Je n’aime pas les villes modernes pour beaucoup de raisons. Les villes modernes privent les gens de leur liberté. Tout d’abord parce que les relations humaines sont remplacées en ville par des relations commerciales. Les interactions entre les gens se font soit dans le cadre du contrôle, soit dans le cadre d’une transaction type achat/vente. Moins tu dépenses, moins tu existes. La ville moderne crée et invente des besoins et elle finit par te consommer. Ma place n’est pas en ville, qui me fait sentir par tous les moyens mon infériorité puisqu’il y a tellement de choses que je n’ai pas mais que j’aurais pu avoir. Les villages meurent faute de moyens, de perspectives, de confort ; les gens n’ont pas d’autre choix que de rejoindre les villes qui leur imposent un mode de vie et de pensée indispensables afin que cet ensemble puisse fonctionner. Vite prisonniers de ce mode de vie en rupture avec ce qu’ils ont connu, il ne leur reste qu’à gagner, gagner et gagner afin de suivre la ville qui les use et les rend dépendants de tout : chaleur, eau, nourriture, loisir, culture, … Tout coûte et on ne sait plus faire autrement. »

Qu’est-ce que vous reprochez aux citadins modernes ?

« Rien ! Vraiment ! Il y a certainement des choses que je ne comprends pas, mais je dis juste que beaucoup de gens vivent dans un monde virtuel ou détaché, y compris mes grands enfants. Le contact avec la réalité provoque un stress intense – il faut donc se construire sa propre bulle personnelle ce qui revient à s’isoler et à ne faire face qu’à ses seules obligations – et nous ne nous sommes au bout de nos peines. »

Certains personnes, amoureux des loups, sont venus les voir chez vous à plus de 500 km de Moscou. Les petits louveteaux étaient pourtant dans de grands enclos. Autant aller au zoo ?

« On s’occupait de petits louveteaux orphelins pour les relâcher ensuite, c’est différent du zoo. Amoureux des loups? Beaucoup de personnes qui venaient se fichaient des loups, ils avaient d’abord et avant tout un problème personnel à régler … Il leur fallait visiblement quitter les appartements confortables pour se retrouver face à la vie brute et simple au milieu des lacs et des forêts, pour réaliser un retour sur soi. Je n’étais pour eux ni guide, ni gourou, ni psychologue ; j’étais là pour montrer mes loups. C’est après que j’ai compris pourquoi certains citadins étaient venus là en fuyant les grandes capitales européennes. »

C’est à dire ? Pour les citadins fuyaient les capitales?

« N’importe quel organisme dans la nature existe dans l’équilibre de ses besoins et des efforts à fournir pour les satisfaire. Notre être est tendu physiquement, intellectuellement ; c’est comme ça qu’on existe et qu’on se développe. Si je voulais simplifier, nous avons besoin du négatif (problème/projet/besoin) pour consommer du positif (solution). Les gens ne peuvent pas être bêtement heureux. Quand tous leurs problèmes semblent être résolus, au bout d’un moment, l’insatisfaction gagne le terrain. »

Vous qui prônez une vie proche de la nature et des choses saines, vous fumez beaucoup…

« Je compense le manque de négatif dans ma vie ! 🙂 🙂 🙂 »

Un sourire éclaire enfin son visage et je devine dans son regard l’amour pour ses louveteaux et pour les forêts. Il me montrera des photographies de ses louveteaux devenus adultes jouant dans la neige. Il me parlera longuement de sa joie de les avoir rendu à leur vie sauvage…

Loup de forêts russes 4

Volodia est aussi prudent que son animal fétiche, le loup des forêts russes. Mais comme pour beaucoup de russes, les rapports changent une fois la glace brisée… Avec lui nous avons commencé à réfléchir à la possibilité pour des voyageurs Nord Espaces d’aller découvrir son coin insolite de Russie, loin des grandes routes….Une expérience d’un retour aux sources, un contact unique avec une nature à l’état brut, certes loin du confort de la ville, mais avec toute l’authenticité des rencontres avec les passionnés par la vie animale : ces biologistes s’investissent corps et âme dans des programmes qui n’ont d’autre but que de préserver l’harmonie naturelle première.

Loup de forêts russes 3

A suivre …

Envie de tenter l’aventure ?

Nord Espaces pourra vous organiser sur mesure ces quelques jours aux côtés de biologistes et au milieu des forêts russes parcourues par des loups, en complément d’une découverte plus classique d’autres facettes de la Russie.

Par Julia Rugens

 

Une réflexion sur “ UN LOUP DES FORÊTS RUSSES ”

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