La Tchoukotka de Vladimir Pouya à Paris

Jeudi 12 octobre, l’INALCO, l’Institut national des langues et civilisations orientales, et NORD ESPACES réunirent plusieurs dizaines de personnes dans un bel amphithéâtre. En présence de Madame Anne-Victoire Charrin, anthropologue, spécialiste des cultures des autochtones de Sibérie, de Monsieur Dominique Samson Normand de Chambourg, directeur du département d’études russes de l’Inalco, de Madame Martine Dorel Braquet, ethnologue, de Madame Caroline Damiens, linguiste, et des dizaines de passionnés, le photographe et réalisateur Vladimir Pouya témoigna de la vie rude des éleveurs nomades de rennes en Tchoukotka, lointain district russe baigné par le Pacifique. Son documentaire Tchavtchou (2014) nous immergea dans la première transhumance hivernale d’une brigade, petite équipe d’éleveurs. Tourné à l’attention de la jeunesse locale, le premier film en langue tchouktche suit notamment la vie quotidienne de trois générations d’une même famille. Vladimir est le premier étonné de l’intérêt qu’il suscite en Occident !

Dans la toundra, le menteur met en péril la vie des autres. Respectant une règle ancestrale de survie, Vladimir ne parle que de ce qu’il connaît. Il grandit nomade en Tchoukotka, passionné dès l’enfance de photo et de cinéma. Initié à certaines technologies modernes pendant son service militaire, il tira parti de la baisse des prix du matériel pour faire de sa passion son métier. Se définissant comme un généraliste indépendant, il tourne ainsi depuis 10 ans des films documentaires sur les éleveurs de rennes et chasseurs de mammifères marins en Tchoukotka.

Une grand-mère rappelle dans le film Tchavtchou (« nomade tchouktche ») la confiscation des rennes et la sédentarisation forcée dans l’URSS des années 40 et 50.

Les conditions de vie s’améliorèrent à partir des années 60 avec par exemple la fourniture de véhicules chenillés et de maisons en dur, mais au détriment bien sûr de la transmission des savoirs traditionnels. Les années suivant la chute de l’URSS furent terribles : les subventions et approvisionnements extérieurs chutèrent brutalement, le cheptel de 500 000 rennes fut divisé par 5. Le retour à la tradition s’imposa à beaucoup pour survivre. Quand la vie sédentaire est plus dangereuse que le nomadisme dans la toundra, autant durer en tant qu’ethnie, être soi-même. Une crise majeure de la modernité explique ainsi en partie la perpétuation de modes de vie ancestraux…

Yaranga

Grande tente recouverte de peaux de rennes, la yarangue est l’habitat de toujours des nomades. Quand la température extérieure chute à -40°C, il y fait environ -18°C. Bien plus chaud est le polog, seconde tente dressée à l’intérieur de la yarangue, elle-aussi recouverte de peaux de rennes. On voit dans le film une famille petit-déjeuner à l’extérieur de thé, viande et poisson gelés, par -30°C. Les Tchouktches considèrent traditionnellement qu’il faut 15 ans pour apprendre le métier d’éleveur, aujourd’hui pour la relève pendant les vacances scolaires… Les cervidés toujours sauvages paissent en général dans un rayon de 7 km autour de la yarangue. Les hommes se relayent la nuit pour les protéger des ours et des loups. Pour la transhumance, de jeunes rennes sont attrapés au lasso pour être attelés individuellement à des luges de transport. Ainsi sont formées des caravanes parcourant l’immensité glacée en file indienne, près du troupeau. Ces animaux peuvent aussi être chevauchés.

Quel avenir pour le peuple tchouktche?

Les éleveurs ne peuvent pas s’intégrer à l’économie capitaliste, souligne Vladimir, du fait notamment de lourdes contraintes logistiques. La seule alternative aux routes très peu nombreuses et impraticables pendant le long dégel est l’hélicoptère, lui-même dépendant des aléas de la météo. La quasi-totalité de la viande est ainsi consommée localement.

Sans statut légal pour le nomadisme, le dialogue avec les autorités est difficile. « Moscou est une autre planète ! » exclame Vladimir. Les autochtones de Tchoukotka demandent qu’on les laisse élever leurs enfants comme ils l’entendent, qu’on les aident à préserver leurs coutumes ancestrales, qu’on ne laisse pas disparaître leur langue.

Dans un autre registre, le réchauffement climatique est aujourd’hui manifeste, sans grande conséquence pour l’instant sur le mode de vie des nomades. Ils observent de nouveaux oiseaux et poissons, dont des requins près des côtes. La météo est plus instable, avec parfois des variations brutales de températures. Investi dans le jeu politique local, Vladimir Pouya plaide éloquemment la cause des éleveurs nomades, qui ont grand besoin d’un soutien extérieur pour perpétuer leur mode de vie.

NORD ESPACES est profondément reconnaissant à Monsieur Vladimir Pouya pour son témoignage sur la vie des éleveurs nomades de rennes en Tchoukotka. NORD ESPACES remercie également Monsieur Samson,  Madame Braquet et Madame Chabrie pour la coopération réussie. Nous serons heureux de vous faire découvrir en tout respect la Tchoukotka des éleveurs de rennes, au bout du monde polaire…

Extraits, par Sébastien

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