Quelle est l’esthétique de Kaliningrad (ex-Königsberg), la ville de l’ambre ?

A moins de 1.800 km de Paris, 19 heures de voiture via Berlin par l’autoroute (E2), aux portes de l’Union Européenne, voici Kaliningrad, la ville de l’ambre. Tout le monde connait l’ambre, ne serait-ce que parce que c’est à partir de cette résine préhistorique qui a pris au piège des moustiques que Michaël Crichton et Steven Spielberg ont imaginé le Monde Perdu de Jurassic Park.  Les vertus thérapeutiques de l’ambre sont connues depuis l’antiquité jusqu’à intégrer les philtres d’amour au Moyen-Age. Et la région de Kaliningrad, cette enclave russe entre Pologne et Lituanie, produit 90% de l’ambre mondial notamment avec la mine de Jantarny !

Mais avant d’être un territoire russe décidé par les vainqueurs de la 2ème Guerre Mondiale, Kaliningrad était un territoire allemand, appelée Königsberg et la ville du plus important philosophe allemand, Emmanuel Kant. Ce dernier révolutionna la philosophie en 3 livres, « les critiques », celle de la Morale, de la Raison et de l’Esthétique. Lui qui vécut au 18ème siècle et décéda dans sa ville de naissance, Königsberg, au début du 19ème aurait été effaré de ce qui se passa moins d’un siècle et demi plus tard … La ville fut quasiment rasée par les bombardements alliés ; le tout petit peu qui subsistait fut anéanti avec l’entrée dans la ville de l’armée soviétique.

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Les photos d’alors témoignent de la violence des combats : Königsberg n’était plus qu’un amoncellement de gravats, de pierres, … : il n’y a guère que les murs de la cathédrale et les ruines du château de Königsberg qui restaient pour apporter un peu de verticalité. Les soldats morts furent ensevelis indépendamment de leurs nationalités dans des tombes dites « fraternelles » – 1.200 soldats reposent dans l’une de ces tombes, sous un monument qui sert de point de rassemblement tous les 9 mai.

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Les habitants survivants furent déplacés, expulsés. Et la reconstruction commença dans une ville détruite à 90% pour loger les nouveaux habitants venus de l’Est dans cette ville, renommée en l’honneur de Mikhaïl Kalinine, Président du Soviet Suprême de 1938 à 1946. D’où la présence de barres d’immeubles typiques des années staliniennes en plein centre-ville… mais aussi, à proximité immédiate, d’une cathédrale magnifique, restaurée pour continuer à abriter le tombeau d’Emmanuel Kant, le philosophe qui par son approche de la morale, de la raison et de l’esthétisme acquit une place majeure dans sa discipline… ou encore d’un tout nouveau quartier construit selon l’esthétique ancienne sur les bords de la Pregolia (anciennement en allemand la Pregel) le fleuve qui traverse la ville.

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Alors oui il est raisonnable et moral d’aller contempler l’esthétique d’une ville comme Kaliningrad en plein renouveau.

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Avec moins de 500.000 habitants, Kaliningrad est l’une des petites villes hôtes de la Coupe du Monde de football en Russie. La taille de l’oblast (région) atteint grosso modo celle de 2 départements français (15.100 km²) et c’est en tout un million de personnes qui vivent là. Kaliningrad occupe une place géographique et historique totalement atypique ! Peuplé de russes et de biélorusses depuis que la population allemande a été quasi intégralement expulsée en 1945, ancien territoire de l’Ordre des Chevaliers Teutoniques, ancienne ville hanséatique et port sur la Baltique, ce territoire est enclavé dans l’Union Européenne. Ceci oblige les trains qui rejoignent la Russie à 600 km de là à circuler en respectant une procédure très particulière pour les citoyens russes, supervisée par la Lituanie : une balise satellite est posée sur chaque train pour pouvoir suivre son parcours sur le territoire de l’Union Européenne et les autorités de l’UE exigent que le train ne s’arrête pas plus d’1/4 d’heure en pleine voie. Une équipe de douaniers et de diplomates prennent place à bord de chaque train pour vérifier la situation des passagers russes. On n’en finit pas d’aller de surprise en surprise en s’intéressant à Kaliningrad.

Par exemple, si on demande à un lycéen français si les noms d’Eylau, de Friedland et du traité de Tilsitt lui disent quelque chose, il est probable qu’il dira oui et sera capable de les relier à l’épopée napoléonienne. Mais de là à positionner sur une carte ces lieux historiques … Et pourtant, ils sont bel et bien en territoire russe désormais et rebaptisés : Friedland, fondée par les Chevaliers Teutoniques est devenu Pravdinsk et ses 4.500 habitants n’ont plus rien à voir avec ceux qui peuplaient ce territoire alors. Tilsitt, sur les bords du fleuve Niémen, est devenu Sovetsk ; ses 40.000 habitants passent encore sous une grande statue de Lénine, on y trouve de jolis magasins de chaussures ou de vêtements et la ville dégage un charme réel.

Eylau est intéressant à plus d’un titre : baptisée en 1945 Bagrationovsk, Napoléon y livra en février 1807 l’une de ses pires batailles, indécise, sanglante, rendu célèbre par les charges de la cavalerie de Murat.

Le tableau officiel de l’après bataille, que Napoléon apprécia, témoigne du carnage qui s’est déroulé. Murat semblant personnifier la guerre et la mort face à l’empereur fatigué, alors que le premier plan met en avant les blessés et les cadavres. Exposé au Louvre, ce tableau a fasciné un journaliste écrivain qui a frôlé la mort lui aussi et avait été à Kaliningrad dans le cadre d’un reportage. Jean-Paul Kauffmann y retournera en famille, logera à Kaliningrad et fera régulièrement le trajet entre Kaliningrad et Bagrationovsk pour voir le champ de bataille et monter dans le clocher de l’église que le peintre a reproduit en arrière-plan : c’est de là que l’empereur dirigea ses troupes et l’église existe toujours. Jean-Paul Kauffmann tirera de ce voyage un récit complexe et pourtant facile à lire, à la fois familial, géographique historique et parfois métaphysique (quelle est cette ombre qui se tient près de l’église sur le tableau ?).

La situation économique de l’oblast (région) est aussi surprenante : alors que ses voisins sont riches, le territoire de Kaliningrad est l’un des plus pauvres de Russie : il y a une douzaine d’années, le revenu y était de moitié celui de la Pologne voisine. Il faut dire qu’à la chute de l’empire soviétique, l’intérêt de Moscou pour ce bout de terre, presque perdu en mer, s’est effondré : le commandement de la flotte de la Mer Baltique a été déplacé à Saint Pétersbourg, la production industrielle s’est effondré au point qu’en 1998, il y a 20 ans seulement, le territoire a reçu une aide humanitaire de la part de ses voisins.

Depuis les choses ont évolué et très positivement : à plusieurs reprises, l’idée de rattacher Kaliningrad à l’Union Européenne a refait surface ; mais soit l’Union Européenne ne l’a pas souhaité (en 1990-1992) soit la Russie ne l’a pas souhaité (2007), peut-être parce que l’épouse de celui qui entre temps était devenu le Président V. Poutine venait de l’enclave de Kaliningrad. Toujours est-il qu’actuellement, la ville fait preuve d’un beau dynamisme économique, accueillant même depuis 1999 l’usine BMW de Kaliningrad qui a produit en 2013 son 100.000ème exemplaire de série 5 et continue à produire la série 3 depuis 2001.

La culture est loin d’être oubliée à Kaliningrad. Finalement même le passé de Königsberg commence à retrouver sa place : tous les mois de février Kaliningrad procède à une reconstitution de la bataille d’Eylau (tant les russes que les français considèrent qu’il s’agit d’une victoire de leur camp) et depuis quelques années la commémoration de la fondation de Kaliningrad il y a moins d’un siècle se mêlent à celles de la fondation de Königsberg en 1255. En 2005, c’est bien les 750 ans de Königsberg devenue Kaliningrad qui ont été fêtés en présence de V. Poutine accompagné du Chancelier allemand G. Schroeder et du Président français J. Chirac. Une statue d’E. Kant a retrouvé sa place devant l’université du même nom de Kaliningrad. L’original de la statue de 1864 a disparu sans laisser de traces au moment de la guerre en 1945. Pour les chercheurs de trésors et amateurs d’énigmes c’est un défi historique.

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Enfin, depuis 1999, Kaliningrad accueille tous les deux ans un concours international d’orgue baptisé Mikaël Tariverdiev du nom d’un compositeur d’origine arménienne.

Kaliningrad possède un réseau de tramway à voies étroites, un réseau assez dense de trolleybus et un réseau particulièrement dense de bus, exploité par des sociétés privées.

Le nouveau stade de football (35 à 45.000 spectateurs selon la configuration et les compétitions), construit sur une île du fleuve Pregolia qui n’avait jamais été urbanisée réellement, permettra de développer un complexe résidentiel dans le prolongement de la coupe du monde de football. Il témoigne du renouveau du territoire de Kaliningrad et de sa réconciliation avec son passé historique puisqu’il sera connu sous le nom de Arena Baltika ou Königsberg Stadium.

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Enfin, nul besoin d’être un fan de football pour découvrir Kaliningrad et ses environs : situé dans le prolongement de l’isthme de Courlande la région de Kaliningrad peut s’enorgueillir des mêmes atouts que sa voisine lituanienne : des plages superbes où l’on peut admirer des couchers de soleil extraordinaires sur la Baltique, des dunes de sable qui s’étendent à l’infini et incitent à la paresse, une réserve naturelle (Kurshskaya Spit) classée au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis l’année 2000, des musées et des magasins d’ambre …

Nord Espaces connait bien cette destination qui se combine facilement avec la Lituanie pour peu que l’on sache faire preuve de patience au moment de passer la frontière ; nous conseillons d’ailleurs de passer par la Courlande, certes plus chère puisqu’il faut payer les droits attachés au passage dans les zones protégées par l’Unesco, mais tellement belle…

Récemment, Nord Espaces a même conçu un voyage sur mesure pour une famille de 7 personnes sur les pas de leurs ancêtres. La reconstitution des débuts d’une saga familiale mêlant les époques, les régimes et les pays à travers de Kaliningrad, Sovetsk, Gusev, Jantarny pour retrouver grâce aux guides locaux un hameau du 18ème siècle que les vieux cerisiers ont mis à l’abri de regards.

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