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ECOSSE : Île de Skye

Texte Sébastien

En Ecosse, au nord de l’archipel des Hébrides intérieures, Skye est parfois surnommée l’« île des Brumes ». Certaines légendes l’associent aussi à la magicienne Scáthach Uanaind, experte dans l’art de l’amour et de la guerre, donc puissante et redoutable ! L’île compte environ 10 000 habitants, dont un quart parle encore le gaélique. Sa ville principale, Portree (« Port du Roi »), est connue pour son port pittoresque.

Skye est avec ses 1 736 km2 la deuxième plus grande île d’Écosse. C’est un assortiment somptueux de landes et montagnes déchiquetées, péninsules et falaises surplombant des lochs étincelants. L’ensemble offre certains des plus beaux panoramas de la nation celtique. La chaîne des Cuillin se divise en deux groupes de montagnes. Les Cuillin Noires, accessibles uniquement aux alpinistes et randonneurs expérimentés, occupent la partie centrale de l’île. Au sud, les Cuillin Rouges sont moins hautes et tapissées d’herbe sur la majeure partie de leurs pentes. La chaîne tirerait son nom de celui de Cúchulainn, l’un des plus importants héros de la mythologie irlandaise, initié par la fameuse Scáthach… La chaîne de Storr, d’origine volcanique, domine le nord. Des scènes d’ouverture du film Prometheus (2012) de Ridley Scott furent tournées sur le site de l’Old Man of Storr ; Skye servit aussi de décor à Stardust, Le Mystère de l’Etoile (2007), avec Robert de Niro et Michelle Pfeiffer. La lande de bruyère prédomine, le vent fréquent empêchant le développement de la végétation. Brûler la tourbe fut longtemps l’unique moyen de se chauffer !  On distingue au sein de la faune l’aigle royal, le cerf élaphe, le phoque, le dauphin, la loutre et le saumon. Il est possible d’observer les baleines. Les oiseaux sont nombreux et variés.

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Occupée dès la préhistoire, Skye fut successivement sous domination picte, celte, norvégienne et écossaise depuis 1266. Souffrant de la famine et de son isolement jusqu’au 18ème siècle, elle servit de refuge lors des rébellions jacobites. Le château de Dunvegan est le fief des MacLeods depuis le 13eme siècle. Ouvert aux visiteurs, il expose des objets du clan.

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Le château en ruines d’Armadale était autrefois le siège du clan Donald. Dans ses jardins, le Clan Donald Center est aujourd’hui un important musée consacré à la culture des Hébrides et à l’histoire écossaise. Le château en ruines de Duntulm, sur la péninsule de Trotternish, appartenait lui-aussi au clan Donald. Le festival Fèis an Eilean célèbre en juillet et août la musique et la culture gaéliques.

Skye est l’une des premières destinations touristiques d’Ecosse avec Edimbourg et le Loch Ness. La plupart des visiteurs se concentrant sur Portree, Dunvegan et Trotternish, il est toujours possible de randonner et faire du kayak de mer loin de la foule. La liste des principaux secteurs d’activité suggère ce qu’il faut consommer et acheter sur place. Si l’élevage de moutons est très majoritaire, on trouve également des vaches de races Highland et Angus, appréciées pour leur rusticité. Le déclin de la pêche est compensé par l’établissement de nombreuses fermes aquacoles dans les profonds lochs de mer entourant l’île. La distillerie Talisker, fondée en 1830, produit un whisky single malt de grande renommée. Enfin, Skye possède son propre tartan, dans des tons de vert et de pourpre. Un condensé d’Ecosse ! Quelques idées de voyage.

Sur les traces des Sami de Finlande

Texte Sébastien

Les Sami sont reconnus comme le seul peuple indigène – ou autochtone – de l’Union Européenne. Les Nations Unies désignent ainsi les peuples « descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une région géographique à l’époque où des groupes de population de cultures ou d’origines ethniques différentes y sont arrivés et sont devenus par la suite prédominants, par la conquête, l’occupation, la colonisation ou d’autres moyens ». Ces peuples doivent se définir eux-mêmes comme indigènes et préserver au moins certaines de leurs institutions sociales, économiques, culturelles et politiques, quels que soient les statuts légaux de celles-ci. On compte selon les définitions de 60 000 à 100 000 Sami, vivant majoritairement en Norvège, mais aussi en Suède, Finlande et sur la péninsule de Kola en Russie. Notamment en Laponie, région du nord de la Fennoscandie.

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En Finlande, on trouve les premières traces de présence humaine au sud-est du pays. Elles datent d’environ 10 500 ans, soit la fin de la dernière période glaciaire. Avec la fonte des glaciers s’amorçant sur les côtes et gagnant progressivement l’intérieur des terres, le soleil réchauffa le sol et permit la pousse de végétaux. Cela attira d’abord les animaux, puis des populations en provenance des territoires actuels de Norvège et Russie, le génome des Sami suggérant une lointaine parenté avec l’ethnie turque des Iakoutes vivant en Sibérie orientale. Ces peuples nomades s’abritaient du climat arctique sous des tentes ou des abris creusés dans le sol, recouverts de mottes de tourbe, de peaux ou de lamelles d’écorce de bouleau. Les Sami vivaient de ce que la nature leur offrait, vendant jusqu’en Europe central les produits de leurs chasses, de leurs pêches et de l’élevage des rennes semi-sauvages, à la viande riche en minéraux et très maigre. Ils s’alimentaient aussi d’oiseaux et de baies. Les familles et clans étaient organisés en « siidas » (villages traditionnels) dont le réseau couvrait tout le nord de la Fennoscandie. Au 17e siècle, les royaumes de Suède et du Danemark entreprirent de coloniser les terres les plus septentrionales du continent. Peu à peu, des frontières furent tracées, de nouvelles populations s’installèrent, les terres furent redistribuées. L’évangélisation forcée prit souvent un tour dramatique, au point que le chamanisme traditionnel reste en partie tabou aujourd’hui. A partir du 19e siècle, les Etats nordiques menèrent des politiques d’assimilation des Sami. En Finlande, relevant désormais des lois nationales, ils intégrèrent l’économie et le système scolaire mis en place par le pouvoir central. Beaucoup y perdirent leur culture.

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Si l’on peut dater de la toute fin du 19e siècle le réveil identitaire des Sami, ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du 20e siècle qu’ils obtinrent le statut de nation à part entière. En Finlande, la reconnaissance vint dans les années 1970, liée à la question de la protection des zones pastorales menacées notamment par l’exploitation agricole et minière. Depuis 1995, la Constitution finlandaise reconnait aux Sami le droit de préserver et développer l’usage de leur langue – notamment au niveau administratif – ainsi que leur culture et mode de vie traditionnel. Le Territoire Sami comprend officiellement les municipalités d’Enontekiö, Inari et Utsjoki, ainsi que le district d’élevage de rennes de la municipalité de Sodankylä. Depuis 1996, un Parlement Sami – dont les 21 membres sont renouvelés tous les 4 ans – gère sur ce Territoire les questions de langues et de culture. Certains villages ont une compétence administrative spécifique.

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En Finlande, un Sami est officiellement celui qui se considère comme tel et dont la langue maternelle est le same, ou dont l’un au moins des parents ou grands-parents est de langue maternelle same. On compte selon cette définition environ 10 000 Sami en Finlande, dont plus de 60 % vivent désormais en dehors du Territoire, ce qui pose de nombreux défis culturels. Aujourd’hui, 76 % des Sami ont en effet une autre langue maternelle que le same. Cette identité est désormais convoitée, même si le racisme sous-jacent n’a pas entièrement disparu, la plupart des citadins ne connaissant pas vraiment le Grand Nord.

Les modes de vie traditionnels reposent toujours sur l’élevage de rennes, la pêche, la chasse, l’agriculture à petite échelle et l’artisanat. Il est courant aujourd’hui de leur associer le tourisme ou une autre activité de service. De nombreux Sami travaillent loin de la nature et les activités traditionnelles ont un poids économique modeste, mais elles conservent une grande importance culturelle.

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Les huit saisons du calendrier sami correspondent en partie aux phases de l’élevage du renne : mise-bas, marquage, comptage, castration et abattage. La plus belle est la très courte « ruska », l’été indien de Laponie ! Les rennes se nourrissant de champignons, de lichens et d’herbes, identifier les bons pâturages sous la neige demande aux éleveurs un savoir interdisciplinaire en chimie, physique, botanique et météo. Leurs besoins en grands espaces contrarient toujours les intérêts agricoles et miniers, la préservation de la pêche traditionnelle se faisant parfois au détriment de la pêche récréative, donc du tourisme. Et le réchauffement climatique, très marqué dans le Grand Nord, est propice à l’émergence d’une conscience écologique renouvelée chez certains éleveurs. Les motos, quads, scooters des neiges, camions et hélicoptères étant néfastes pour l’environnement, ils utilisent aujourd’hui des drones pour surveiller les troupeaux dans les zones reculées.

Le same est une langue finno-ougrienne très riche. Il existe par exemple plus d’une centaine de termes pour désigner la neige. Mais si les termes descriptifs abondent, il n’y a pas de genre : le pronom personnel « son » s’utilise indifféremment pour un homme ou une femme, désignant aussi bien un animal qu’un objet. Avec environ 35 000 locuteurs, le same ne compte pas moins de neuf aires linguistiques – « langues » ou « dialectes » soumis à l’influence des langues nationales – dont trois en Finlande, où il est langue officielle. La municipalité d’Inari – 6 800 habitants – a ainsi quatre « langues » officielles : le finnois, le same d’Inari, le same Skolt et le same du Nord ! La loi stipule que les enfants vivant en Territoire Sami ont droit à une éducation primaire en same ; trois universités l’enseignent également.

Le costume sami est le symbole national le plus éminent. Cet ancien vêtement de travail est inspiré des habits portés au Moyen-Âge par la noblesse et les marchands d’Europe centrale.

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Il a pour accessoires usuels une ceinture, des chaussures lacées, un châle ou un plastron, un faux col et un bonnet. Le vêtement et ses accessoires indiquent la région d’origine, le clan et le statut matrimonial du porteur. On trouve en Finlande cinq grandes variantes du costume sami, portées aujourd’hui pour les grandes occasions et volontiers par les jeunes. Si en Norvège et en Suède ce costume n’est porté que par les Sami, il est parfois détourné en Finlande à des fins commerciales, notamment touristiques, ce qui n’est bien sûr pas du goût de tout le monde… Le port de bijoux en argent a la même origine que le costume ; il chasserait les mauvais esprits. L’artisanat traditionnel (duodji) subordonne toujours l’esthétisme à la fonctionnalité, mais avec une ornementation raffinée. Il inclut les habits, outils, équipements de chasse et parures. Ses formes souvent douces, ses motifs et couleurs s’inspirent d’anciens objets du quotidien ; ses matériaux traditionnels sont la corne, l’os, le bois, l’étain, le cuir et le tissu. Les chaussures et les gants sami sont en peau de renne. Le label « Sámi Duodji » garantit l’authenticité de cet artisanat, qui depuis plusieurs décennies s’oriente aussi vers la production d’authentiques objets d’art. Jusqu’à la christianisation forcée, la cosmogonie dessinée sur la peau de renne du tambour des chamans faisait écho aux motifs peints sur la roche il y a plusieurs millénaires. L’art sami est aujourd’hui ouvert à toutes les influences contemporaines, la jeune génération se montrant particulièrement militante.

Le joik – ou luohti – est le chant traditionnel des Sami du Nord. Issu des traditions chamaniques, il fut longtemps interdit par les autorités car considéré comme une pratique païenne et barbare. Le joik se caractérise par son utilisation originale des tons, ses paroles méconnaissables, sa richesse rythmique et son improvisation. Il était à l’origine chanté a capella, parfois accompagné du tambour traditionnel. Il existe deux formes principales de joik : personnel et non-personnel. Le premier est censé refléter l’essence d’une personne par la mélodie et la gestuelle, les paroles étant de moindre importance. Des joiks sont aussi composés pour des animaux, des lieux et même aujourd’hui pour des objets comme les quads et motoneiges… Si les deux autres chants traditionnels sont menacés de disparition, on chante aujourd’hui en sami sur toutes les musiques contemporaines. Le Festival de Musique des Peuples Indigènes, Ijahis Idja, a lieu à Inari en août.

Sur la planète Tchoukotka

Par Sébastien

EN VIDEO : Tchoukotka Béringia

La Tchoukotka est un district autonome russe de 737 700 km2,  bordé par la mer de Béring, les océans Pacifique et Arctique, face à l’Alaska que l’on voit du cap Dejnev par beau temps. Presque la moitié du territoire est située au-dessus du cercle polaire, de part et d’autre du 180e méridien, la ligne de changement de date. La Tchoukotka offre une grande variété de paysages, avec une dominante de montagnes – son point culminant est à 1 800 m – et de toundras, vastes étendues sans arbre ni arbuste. Wrangel est son île la plus connue.

A la croisée des influences continentale, arctique et pacifique, la météo change en permanence au gré de forts vents ; les températures varient selon les lieux et saisons de +34°C à -60°C ! L’été débute quand la température dépasse 10°C, vers le 20 juin. La foudre peut alors occasionner de grands incendies. Il s’achève fin septembre. Un pré-hiver le relaie jusqu’à début décembre, l’hiver laissant place à un pré-printemps… Si le réchauffement climatique est sensible, il n’a pas d’influence pour l’instant sur le mode de vie de la population.

Avant la chute de l’URSS, la Tchoukotka comptait 150 000 habitants. Il n’y en a plus aujourd’hui qu’environ 50 000, dont 15 000 pour la capitale Anadyr, située à l’embouchure du fleuve éponyme, d’une longueur de 1 500 km. La nature reprend ses droits. Cela s’explique par la profonde désorganisation de toute l’économie durant les années 90. Le rétablissement des voies d’approvisionnement, la construction de nouveaux logements et équipements par le milliardaire Roman Abramovitch, gouverneur de 2001 à 2008, vaut toujours à celui-ci une grande popularité ! En été, dans cet immense territoire sans route, si ce n’est des pistes militaires tracées pendant la Guerre Froide, le bateau complète utilement l’avion et l’hélicoptère. En hiver, la motoneige a largement supplanté le traineau à chiens ou rennes.

Sur la côte Est, riche en sources chaudes, se développa pendant des millénaires une culture Inuit originale, quasi-disparue aujourd’hui. Une quinzaine de personnes âgées en rappellent encore le souvenir. Les Tchouktches sont environ 13 000. Ils perpétuent la très dangereuse chasse aux mammifères marins, dans la limite de quotas. Celle à la baleine se pratique encore au harpon, relié à un flotteur pour empêcher la bête de se réfugier dans les profondeurs. Mais les bateaux à moteur ont remplacé les barques légères en peau de morse, qui ne sont plus utilisées que pour les compétitions. Avant sa consommation, la viande de morse est traditionnellement empaquetée dans la peau de l’animal puis enterrée plusieurs mois. Il faut connaître les pièges de la banquise pour chasser le phoque en hiver. A partir de la mi-mai, la collecte des œufs d’oiseaux sur les reliefs escarpés n’est pas non plus sans danger. On y pêche beaucoup en juin-juillet, les œufs de saumon étant particulièrement recherchés. L’ours blanc est protégé depuis 1957.

Le cheptel de rennes compte environ 160 000 têtes. L’animal reste semi-sauvage, protégé par moins de 1 000 éleveurs nomades organisés en brigades. Si l’on trouve toujours des loups à proximité, le vrai cauchemar des éleveurs est le renne authentiquement sauvage, parfois plus robuste et capable d’emmener à sa suite une partie du troupeau !

Les enfants des éleveurs de rennes quittent la brigade pour l’internat à l’âge de 6-7 ans. Les femmes, à qui le mode de vie traditionnel assignait les taches les plus pénibles – monter la iaranga (tente), cueillir les champignons … –, furent particulièrement sensibles à ce qu’offraient les « villages civilisés » fondés par le régime soviétique. Notamment l’électricité et l’école. Héritage de cette époque, chaque village a encore son musée, sa bibliothèque et ses clubs sportifs. Mais, contrepartie non négligeable, les chamans furent décimés dans les années 30 au nom de l’idéologie.

Autre région de Tchoukotka, la Koriakie compte quatre villages, d’innombrable lacs de montagne, une toundra magnifique en automne et des fossiles de dinosaures. Les paysages de type sibérien de la Kolyma sont explorés par les chercheurs d’or. L’aéroport et plusieurs routes furent d’ailleurs construits par une compagnie minière canadienne… Le sous-sol est aussi riche en charbon et potentiellement en gaz et pétrole.

L’artisanat local est connu pour ses fines sculptures sur os et ivoire.

Compte-rendu de la conférence Nord Espaces
donnée à Paris par Evgueni Bassov,
aventurier et écrivain vivant en Tchoukotka, le 16 novembre 2016.

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La Tchoukotka reste peu connue des Français, notamment dans ses premières années post-soviétiques. Le professeur de russe Charles Weinstein y voyagea dès 1993 pour étudier la culture tchouktche. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la morphologie et la traduction de cette langue, ainsi que sur les mythes, contes, poésies, chants, récits et romans de Tchoukotka. Egalement co-auteur de manuels de langue tchouktche pour les publics français et russe, il achève avec des spécialistes locaux la rédaction d’un dictionnaire tchouktche-français-anglais-russe. Nous conseillons notamment la lecture de son essai Arctique extrême – Les Tchouktches du détroit de Béring (Autrement, 2000, 192 p.) et du roman Peaux de phoque de Veqet, traduit par Charles Weinstein (Autrement, 2004, 144 p.).

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Faut pas rêver – L’Argentine – 30-08-2013

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Pampa, Patagonie, cordillère des Andes, Iguazú… Ces noms qui évoquent les grands espaces argentins sont au menu de ce numéro de Faut pas rêver, à travers un pays fascinant, grand comme six fois la France !

#Nord Espaces‘s insight:

L’Argentine, une des destinations proposées par Nord Espaces via sa marque Espaces Andins, nous contacter au 01.45.65.00.00 pour plus d’informations.

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