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Ma croisière décisive sur la Léna

V.I. pour Nord Espaces

La République de Sakha – ou Yakoutie – est une région sibérienne où l’on peut encore admirer une nature intégralement sauvage. Le climat y est souvent rude, en hiver (-50°C) comme en été (+35°C).

Je suis Yakoute, née en Yakoutie. En 2015, dans le cadre de mon Master 2 « Tourisme et Environnement », j’ai réalisé un stage de cinq mois chez Nord Espaces, avec pour objectif principal la conception d’un voyage à destination de ma terre natale. J’ai proposé une croisière au départ et à l’arrivée de Yakoutsk, allant des Colonnes de la Léna à Tiksi, sur le plus grand fleuve sibérien : la Léna (4 400 km). Pas moins de 2 400 km séparent Yakoutsk, capitale de la République, de la petite ville de Tiksi sur la côte de l’océan glacial Arctique. C’est ainsi que j’ai vécu 14 journées extraordinaires en tant que guide-interprète francophone, à bord du navire très confortable. La première grande croisière de ma vie !

Le premier jour, après la visite de plusieurs musées à Yakoutsk, nous avons pris dans la soirée la direction du parc national des Colonnes de la Léna, à 200 km au sud. Ses falaises escarpées en forme de colonnes, tout à fait exceptionnelles, s’étendent sur 40 km le long du fleuve. Cap au nord ensuite, pour rejoindre un affluent de la Léna – la rivière Bouhotama – et visiter un élevage de bisons. Jigansk est la première localité au-delà du cercle polaire. Une promenade dans les environs de Kissiur a précédé un concert donné par des artistes locaux. A notre arrivée en baie Neelov, la météo favorable a permis notre transfert en bus pour visiter Tiksi, qui était à l’époque soviétique le premier port et l’une des plus belles villes de Yakoutie. Mais elle connait aujourd’hui des difficultés économiques, au point d’avoir perdu beaucoup d’habitants. Les petites localités de Siktiakh et Sottintsy nous ont aussi accueillis.

Cette expérience inoubliable m’a permis d’obtenir mon Master. Cet été encore, j’accompagne des groupes francophones sur la Léna, avec un plaisir toujours renouvelé !

Programme Croisière sur la Léna / Yakoutie

Le Baïkal est vraiment magique…

Caroline & Hervé ( au retour du voyage Magie de glace )

Le voyage a été à la hauteur de nos espérances,  le baikal est vraiment magique.

Félicitations pour l’organisation sans faille, la compétence et la disponibilité des chauffeurs et guides. Maria a été très prévenante et nous a fait partager son amour de la région. Nous qui appréhendions quelque peu le voyage en groupe avons eu le plaisir de rencontrer des gens passionnés comme nous de découvertes et de voyages avec qui nous avons pu partager pendant tout le séjour. Nous n’hésiterons pas à vous recontacter pour un autre voyage.

Merci pour cette expérience et les beaux souvenirs que nous en garderons.

A EKATERINBOURG, EN SIDE-CAR OU EN AVION ?

Par Julia Rugens

La région russe de l’Oural (Ural) est associée à une chaîne de montagnes qui s’étire sur plus de 2 000 km, depuis les steppes du Kazakhstan jusqu’à la Mer de Kara, dans l’Arctique russe en se prolongeant en mer par l’archipel de Nouvelle-Zemble. En Russie, on aime dire que l’Oural est une frontière naturelle entre l’Europe et l’Asie et on considère la ville d’Ekaterinbourg comme la capitale de la région.

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Si la ville de Saint-Pétersbourg a été bâtie par Pierre le Grand comme une fenêtre vers l’Europe, la ville d’Ekaterinbourg, fondée par Catherine I, est devenue la clé d’entrée pour la Sibérie et ses immenses richesses : une gare importante du Transsibérien a naturellement trouvé sa place sur la ligne qui a fidèlement épousé l’ancienne Route Impériale de Sibérie ; cette ville, située loin des frontières extérieures et dans une région parsemée d’usines métallurgiques est logiquement devenue la référence des industries mécaniques du pays.

Plus encore que les articles d’armement, tout le monde a en mémoire le célèbre side-car URAL : récemment, Sylvain Tesson s’est fait une joie immense en nous rappelant son existence, puisqu’il a parcouru 4 000 km en Russie à bord d’un URAL (Sylvain Tesson, livre « Berezina ») . Le fan club URAL France se définit comme un lieu animé « par un esprit d’aventure inspiré d’un side-car authentique au destin exceptionnel, une fierté transcendée par des liens humains sans frontière de la France jusqu’à la Russie ». Pour les amateurs il y a même le concessionnaire d’URAL installé en Lorraine.

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Pour ma part, j’ai aussi mes souvenirs d’un URAL : notre URAL 6×6 tout terrain que nous utilisons au Kamtchatka , à l’Extrême-Orient russe, pour approcher les volcans par les routes forestières défoncées ou coupées par des coulées de lave. C’est aussi grâce à l’URAL que nous avons pu extraire un véhicule de la rivière où le sable enterre tout, aussi vite que la neige lors d’une avalanche.

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La dernière fois, je suis passée à Ekaterinbourg en hiver. J’ai commencé par visiter une nouvelle cathédrale très particulière puisque construite à l’emplacement même de ce qui était autrefois la cave de la maison Ipatiev où l’on a fusillé le Tsar, son épouse et leurs enfants.

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On dit que la fusillade ait duré de longues minutes… ils ont eu du mal à achever les femmes. Comme toutes les aristocrates russes, elles avaient caché dans leurs corsets recousus à la main des pierres précieuses et des bijoux… alors… les balles dérapaient sur elles tandis que les assassins s‘acharnaient encore plus…Les corps ont été ensuite jetés dans la mine Ganina Yama à 17 km de la ville.

Aujourd’hui, sur place, dans une forêt ravissante, ensoleillée, pleine d’écureuils, de bouleaux, de pins et de sapins dont l’ombre se détache sur la neige très blanche, je distingue 7 chapelles en bois pour chacune des victimes : Maria, Tatiana, Anastasia, Olga, Alekseï, Nicolas et Alexandra, tous à présent canonisés par l’Eglise orthodoxe.

Cet endroit est devenu un lieu de pèlerinage et l’ambiance sur place est très orthodoxe. Je porte un pantalon de ski, une doudoune rouge et un gros foulard en laine blanche qui me protège du froid. A l’entrée du sanctuaire, je dois mettre une jupe « taille unique » par-dessus mon pantalon de ski. Selon les traditions je devrais aussi me couvrir la tête, c’est déjà le cas. Ce n’est pas fini : je me fais aussi reprendre par un pope qui m’indique « pour mon information » qu’il est mieux de porter le rouge pour Pâques… Les bulbes de 7 chapelles brillent au soleil, l’environnement est de toute beauté : au travers d’une porte entrouverte de la chapelle de Tatiana, j’entends un cantique, chanté a capella … Avant de partir, je ne résiste pas à l’achat d’un jeu de photographies en noir et blanc avec quelques citations tirées des mémoires de proches de la famille impériale.

Si les palais de Saint-Pétersbourg sont remplis d’objets d’art, de vases et de colonnes en malachite en provenance de l’Oural, la ville d’Ekaterinbourg est, elle, parsemée de sculptures de toutes sortes en bronze et en fonte. La matière première étant à portée de main, on n’hésite pas à en mettre un peu partout. On va retrouver statufiés Mickael Jackson, les Frères Lumières, Pouchkine, Vysotski, mais aussi des personnages banals comme un plombier, un passager, un docteur, un sportif ou plus étonnant comme ce gros chien qui ramasse courtoisement derrière lui.

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J’ai dû amener en France 1 kg de pierres ! De signe astrologique Balance, je n’arrivais pas à me décider au marché entre les colliers, les bracelets, les renards, les loups, les tortues et les ours en malachite, onyx, agate, jaspe, lazurite, aventurine (joli nom n’est-ce pas ?) etc. etc. En général on cherche quelque chose à offrir à une personne ; moi, devant l’immensité du choix et succombant à toutes ces tentations, je cherchais à qui je pourrai offrir les fruits de mes faiblesses.

J’ai aussi adoré cette grande patinoire scintillant au soleil où les petits et les grands profitent ensemble de moments de gaité, les pêcheurs installés en plein centre-ville sur l’étendue d’eau gelée ;

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j’ai aussi craqué pour une chapka après avoir essayé une dizaine. En hiver il est enivrant de faire une petite escapade en motoneige dans l’un des Parcs Naturels autour d’Ekaterinbourg, dormir une nuit dans la forêt sur place et continuer avec une balade équestre avant de rentrer en ville.

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Il y a à Ekaterinbourg de très jolies églises et la magnifique Maison de Sevastianov, des musées et des théâtres, de bons bars où on danse rock & roll, des boulangeries où on déguste des « pontchiks », des gens qui ont beaucoup d‘humour et…

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plein d’autres choses que je vous raconterai si tout à coup vous avez envie de partir pour découvrir cette Sibérie froide, inhospitalière, terre de goulag et des soviets, des cochers ivres et tutti quanti…  🙂

Un exemple de voyage à Ekaterinbourg ?

Il vaut mieux tout de même privilégier l’avion au side-car pour se rendre à Ekaterinbourg. Donc, correspondance à Moscou et vol Aeroflot vers Ekaterinbourg.

Breaking news 2017 : Brand Finance place Aeroflot dans le classement mondial des compagnies aériennes à la première place avant Emirates et American Airlines selon les nombreux critères ; je cite « les normes de sécurité de la compagnie russe sont parmi les meilleures au monde ». Et comme, en général, le monde anglo-saxon ne fait pas de cadeaux, je vous laisse en tirer la conclusion 🙂

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LE TRANSSIBERIEN ou LE BAM, VLADIVOSTOK ou PEKIN ?

Par Julia Rugens

Mon père est né en Extrême-Orient russe, dans la ville de Sovetskaïa Gavan (« Baie soviétique »). Un bout du monde ! Mon Dieu, comment notre Babouchka s’est-elle retrouvée là ? Il faut des siècles pour éclaircir certaines histoires de famille, d’autres restants à jamais ténébreuses. Bien plus tard, étudiant au Conservatoire de Kiev, mon père s’engagea plusieurs années comme steward à bord du train Moscou-Vladivostok. C’est d’ailleurs comme ça qu’il rencontra ma mère. Lui qui traversa la Russie des dizaines de fois dit aujourd’hui ne pas comprendre le rêve occidental du Transsibérien. Comme pour la plupart des Russes, ce ne serait pour lui qu’un moyen de locomotion, une utilité dont on se passerait volontiers, l’équivalent d’une motoneige pour un bucheron canadien.

Ceci-dit, je soupçonne mon père de vieillir…Il était plus sentimental qu’il ne le laisse paraître aujourd’hui… Il y a quelques années, il me confia ainsi avoir foncé une fois à toute allure vers le lac Baïkal, à l’arrêt de Sludyanka, pour remplir d’eau cristalline une bouteille de Champagne soviétique. Il s’émerveillait aussi des épais tapis de lédons recouvrant les monts baïkaliens. Enfin et surtout, nous, ses enfants, savons que vingt ans après son dernier voyage en Transsibérien, il conservait toujours précieusement une énorme pomme de pin de Sibérie, dont nous avions l’interdiction formelle d’extraire et manger les pignons desséchés !

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A mon tour, j’enchainai pendant mes études les jours, les nuits et les kilomètres en train. La grande différence entre un étudiant et un actif, c’est le temps dont ils disposent…. Si la Russie est grande, l’URSS l’était plus encore et ce n’est pas pour rien que les Russes adorent cette vilaine citation : « La Russie a deux gros problèmes : les idiots et les routes ». Les chemins de fer sont donc stratégiques pour la Russie, dont le réseau est incroyablement riche à l’aune de son immensité. Que de volonté politique et de sacrifices pour en arriver là. L’Armée impériale créa dès 1851 un corps dédié et les spécialistes se souviennent du manuel de stratégie de Denis Davidov, écrit pour ce grand pays continental qu’est la Russie. La construction du Transsibérien commença en 1891. Des années furent nécessaires pour percer la taïga, traverser les grands fleuves et rejoindre le Pacifique, une épopée digne d’inspirer un nouveau Sergio Leone. Le 6 octobre 1916, un an tout juste avant la Révolution d’Octobre, le dernier tronçon fut ouvert à Khabarovsk avec le pont sur le fleuve Amour. Un siècle plus tard, le Transsibérien est toujours la plus longue ligne ferroviaire au monde, sur huit fuseaux horaires.

Entre la Russie européenne et l’Extrême-Orient, via la Sibérie, ses rails portent quotidiennement des trains de catégories et générations différentes, aux milliers de passagers et tonnes de fret. Pour les puristes, la voie se termine à Vladivostok, face à la mer du Japon. Mais on peut aussi, à mi-chemin, du côté du lac Baïkal, filer au Sud avec le Transmongolien pour Pékin. L’un des tronçons les plus intéressants est appelé la Ceinture d’Acier de l’Empire. Elle longe le lac Baïkal en conservant toute l’originalité architecturale et technique de l’époque de sa construction, au début du XXème siècle … Un vrai voyage dans le passé ! Coincée entre le massif montagneux et le lac, la voie comporte 39 tunnels et plus de 500 ponts. 300 tonnes d’explosif furent utilisées pour percer la roche. Aujourd’hui classée monument historique, la Ceinture se prête encore en partie à une circulation à petite vitesse, ponctuée d’arrêts pour admirer le panorama.

Et connaissez-vous le Baïkal Amour Magistral (BAM) ?

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La seconde voie transsibérienne, parallèle à l’autre, commence au nord du lac. L’URSS fit de ce chantier historique une légende. Les Soviétiques le débutèrent en 1932. Très vite, le manque de ressources humaines apparut comme un problème majeur. Cela explique que le BAM soit l’œuvre de tout le pays et de plusieurs générations : initié par le corps militaire ferroviaire, poursuivi par des prisonniers de toutes catégories puis par le Komsomol, les jeunesses communistes… L’itinéraire, présentant de très grands obstacles naturels, était en 1889 jugé impensable techniquement par le colonel Voloshilov. Malgré tout, l’euphorie de la jeunesse, l’enthousiasme, le patriotisme et, il ne faut pas le cacher, le knout réussirent à mener à bien ce projet fou. Voire vertigineux et diabolique : là où il était alors impossible à l’époque de percer la crête de Mouïski Nord, les ingénieurs osèrent suspendre la voie au-dessus du vide avec le Pont du Diable. Sur ses jambes d’acier, la voie contourne la pente avec un virage sec, exposé aux avalanches… Le tunnel de Mouïski Nord de 15 300 mètres ne fut achevé qu’en 2003 !

Aujourd’hui, on peut hésiter devant les multiples déclinaisons du voyage en Transsibérien : Moscou-Pékin ou Moscou-Vladivostok ? D’Est en Ouest ou inversement ? Sur la ligne régulière ou en train spécial très confortable, comme L’Or des Tsars ?

Il y a quelques années, j’ai accompagné des amis français à bord du Transsibérien authentique, en hiver . Nous en parlons encore… Pourquoi les Français reviennent-ils souvent fascinés de ce voyage ?

Je laisse le dernier mot à mon père : « Il faut partir de Moscou, bouillonnante et ambitieuse comme toute capitale, comme toute jeunesse… On alterne les grandes et les petites villes, les gares, les minuscules stations en pleine taïga, les villages, les arrêts courts et prolongés, les fuseaux horaires et les climats… Toujours en mouvement, même sous la pluie battante, sous la neige ou le soleil étouffant, de jour comme de nuit. La densité de population chute après l’Oural et plus encore après le Baïkal. Moins d’arrêts, moins de monde, moins de rencontres mais de plus en plus de temps pour soi, et pas seulement à penser à la pluie et au beau temps… En ne regardant pratiquement plus l’heure, on se lève avec le soleil et on se couche avec les étoiles, en cessant de croire aux légendes du quotidien sédentaire, à sa propre légende. On se laisse progressivement faire, on s’abandonne à la vie et à la marche du temps, réduits à leurs essences. Il faut toujours aller vers l’Est et terminer par Vladivostok, là où le soleil se lève, même si on « perd » du temps au fil des fuseaux horaires. « Gagner du temps », cette obsession moderne, pourquoi faire ? La vérité, c’est la route. Peu importe combien de temps ça dure, l’important c’est comment ».

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Saint-Pétersbourg en janvier

Par Lydie Difonis, texte & photos (au retour du voyage)

Partir découvrir Saint-Petersbourg en hiver, bonne ou mauvaise idée ? En fait c’est plutôt une très bonne idée ! Certes, le ciel peut être tout aussi chargé de nuages annonciateurs de neige que la ville d’Histoire : là-bas, à la fin de chaque mois, la météo annonce le nombre de minutes d’ensoleillement ! Les représentations de palais pastel sublimés par une neige immaculée et étincelante de soleil ne reflètent pas précisément le quotidien : les amoureux de la photo devront donc compter avec la chance, ou prolonger leur séjour jusqu’au moment de pouvoir capter toute la magie d’une ville imaginée il y a 300 ans par un souverain visionnaire, Pierre Le Grand, qui souhaitait une porte sur l’Europe. Mais quoi qu’il en soit, l’accueil chaleureux, la gentillesse des russes et les dorures des palais compensent avantageusement le manque de soleil.

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En effet, si la météo n’est pas avec vous, à défaut de parcourir de long en large la ville surnommée parfois la Venise du Nord tant elle est en osmose avec la Neva – titre qu’elle ne revendique pas vraiment tant sa personnalité lui est propre-, passant d’un pont à l’autre pour découvrir les îles qui la composent, il faut investir les palais et musées qui, en cette basse saison, sont peu fréquentés : quel bonheur de pouvoir s’attarder sur une œuvre, de prendre le temps et la mesure, dans chaque salle, de la magnificence des décors qui vous laissent ébahis, émerveillés.

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Au cœur de cette grande ville, le long des canaux aux eaux gelées, les palais de la noblesse se bousculent dont celui des Princes Youssopov où fut assassiné le très controversé Raspoutine tant influent auprès de la tsarine Alexandra Feodorovna. La richesse immense de cette famille n’avait rien à envier à celle des tsars : leurs palais recelaient des collections de tableaux, d’objets, de sculptures, de bijoux inestimables constituées par les princes Nicolas Borissovitch Ioussoupov (1751-1831) et Nicolas Borissovitch Ioussoupov (1827-1891) en même temps qu’ils parcouraient l’Europe pour acquérir des œuvres pour leur tsar.

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Deux sphinx vous y accueillent, gardiennes d’un escalier de marbre colossal commandé en France. Il est une invitation à découvrir ce palais dont les salles, aux sols marquetés et plafonds richement décorés, rivalisent de beauté, de styles s’inspirant de la grandeur de la Grèce antique.

Il faut aussi pousser les portes du musée Fabergé surplombant les eaux de la Moïka. Outre ses admirables collections d’argenterie, d’émaux, d’objets du quotidien magnifiés par le talent d’artistes, sans oublier bien sûr les célèbres œufs de Karl Fabergé, il offre une succession de salles somptueuses.

Les églises orthodoxes et catholiques n’ont rien à envier à ces palais. Elles sont aussi de véritables joyaux érigés à la gloire de Dieu…. Un défi à l’impossible !

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De l’église de l’Assomption, décorée dans le style néo byzantin, à Saint-Sauveur sur le Sang, construit à l’endroit même où fut assassiné Alexandre II, en passant par Saint-Isaac la « catholique » ce ne sont qu’écrins qui exposent les talents extraordinaires, et l’adjectif prend ici tout son sens, d’artistes qui se sont surpassés. Ce n’est qu’un feu d’artifice de couleurs qui jaillit des sols pour monter à l’assaut des murs, des colonnes et envahir les niches et plafonds dans les moindres recoins. Les bulbes dorés et multicolores, les dômes et les flèches s’élancent dans le ciel de Saint-Pétersbourg comme des phares pour vous guider.

A 30 mn de la ville, deux destinations sont incontournables :

Tsarskoïe Selo, le village du Tsar. Cet admirable palais à la façade bleu pastel, où colonnes et atlantes se partagent l’espace, et surmonté d’élégants bulbes dorés, vous réserve bien des surprises…. En pénétrant dans le palais, dans le hall d’entrée magnifiquement décoré, un escalier de marbre imposant vous accueille et vous conduit dans la « galerie des glaces  » … on est époustouflé par le faste de cette vaste salle où portes et miroirs se succèdent, habillées de volutes et personnages dorées, sculptés dans le bois tendre du tilleul. Au fil de la visite alternent, d’une salle à l’autre, les styles baroque et néo-classique au milieu desquelles le Salon chinois, « made in » Russie affiche toute son originalité. 

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Le palais de Perterhof, au bord du golfe de Finlande. Pierre le Grand s’inspira de Versailles, qu’il visita après la mort du roi Soleil, pour bâtir ce palais…. en plus luxueux. Le réseau des superbes fontaines et canaux bénéficièrent ainsi de l’évolution des techniques 40 ans après Versailles. Dans la grande salle du palais, consacrée au repas officiel et bals, les magnifiques lustres prodiguent des reflets mauves, résultat savant d’un mélange d’or et de manganèse dans la pureté du cristal. Le Cabinet de chêne de Pierre Le Grand, aux murs parés de panneaux de bois, meublé et décoré de certains objets fabriqués par le Tsar lui-même, rappelle sa passion pour la mer et ses dons multiples. Les couleurs s’invitent de pièce en pièce ; ici la salle bleue, la pièce d’ambre, ailleurs la salle cramoisie parce que tendue de soie rouge.

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Aux côtés des tapisseries lyonnaises, soieries russes, porcelaine de Mayence, vaisselle de Wedgwood, tableaux, imitation de meubles de l’ébéniste français Charles Boule … s’invitent des objets du quotidien insolites mais tout aussi raffinés …. une boîte à mouches, un crochet pour défaire les lacets des corsets ! Ce sont autant d’œuvres, d’artistes italiens, français, russes …. qui ont contribué à la grandeur de Perterhof mais également à tant d’autres palais et résidences princières. Quand on a vu tous ces trésors et lorsque l’on sait que Peterhof fut en grande partie détruit pendant la 2ème Guerre Mondiale (et le siège de Léningrad) puis reconstruit et restauré à l’identique, on est presque incrédule devant ces prouesses qui furent réalisées par une nouvelle génération d’artistes mais aussi des volontaires.

Il est temps de faire une pause. Et pourquoi pas gourmande ! La très fine épicerie Elisseev, adresse incontournable, vous invite, derrière sa superbe façade Art Nouveau, à venir déguster, dans un décor raffiné, ses produits russes et succulentes pâtisseries. Laissez-vous tenter et surtout si vous êtes un inconditionnel du chocolat, goûtez leur véritable chocolat chaud et onctueux 100 % cacao ! Une fois revigoré, partez musarder le long de Nevski Prospect, les Champs Elysées de Saint-Pétersbourg, bordée de part et d’autre de bâtiments imposants eux aussi chargés d’histoire.

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C’est sur cette longue avenue de 5 km que se finit cette échappée dans cette belle Venise du Nord, enveloppée dans son manteau blanc. Les beaux jours offriront à leur tour d’autres balades, d’autres plaisirs, mais il faudra affronter les foules ! Alors n’hésitez pas ….osez y aller en hiver 🙂 !

NORD ESPACES / Julia: Merci Lydie pour ce beau carnet du voyage qui me donne envie de revenir à  Saint-Pétersbourg en hiver. Je partage avec tout le monde les images de mon propre voyage à St.Pétersbourg en VIDEO

DANS LES MERS FROIDES DE L’ARCTIQUE RUSSE

Par Julia Rugens / Extrait de CAPITAINE DE GLACE

Quelque part, loin, très au nord, au-delà du Détroit de Béring, dans la cabine du navire polaire qui m’emmène vers les terres inconnues de l’île Wrangel, je suis réveillée en pleine nuit par des bruits sourds provenant de la coque du bateau. Pas d’agitation dans les couloirs, donc pas de panique à bord, nous ne sommes pas en train de couler … A travers le hublot, dans la lumière incertaine, je distingue la glace toute proche. Ce sont donc des blocs de glace qui cognent contre la double coque protectrice. Je m’habille. La personne avec qui je partage la cabine dort paisiblement et je fais tout pour ne pas la réveiller. Alors que j’ai déjà un pied dans la coursive, je reviens sur mes pas car délestée de ma lourde veste polaire, la patère mal vissée se balance en grinçant au rythme des mouvements du bateau. Je fouille mes poches sans trouver de papier supplémentaire. Tout ce que j’avais est déjà déchiré, plié et utilisé pour éliminer les petits bruits des patères, portes de placards et autres, qui me rendaient folle en m’empêchant de trouver le sommeil. Heureusement, depuis mes années de ballet, je place toujours dans mes petites boites, portefeuilles, sacs et poches au moins une épingle noire à cheveux, en U pour faire un chignon. Je coince la patère avec l’une d’elle.

Je pousse enfin la porte du pont principal. Nous sommes à la fin du mois de juillet. Si les nuits arctiques n’ont pas encore sombré dans les ténèbres automnales, ce que je découvre n’a rien du soleil de minuit : la brume plane au-dessus de la glace. Le bateau avance doucement. Sans vent, on entend juste le bruit régulier des turbines – tktktktkt – et de la glace qui craque contre la coque. Le navire la perce autant que le brouillard. On voit à peine la proue du bateau, sur laquelle j’ai une envie folle de m’asseoir pour avoir l’impression de planer dans la ouate. Bien évidemment, la sécurité primant à bord sur tout le reste, un rappel à l’ordre aurait été immédiat. Je refoule bien vite l’idée même si j’ai l’impression d’être seule au monde, sans âme qui vive alentour. Le silence entrecoupé de chocs sourds et l’absence de visibilité font se sentir entre deux mondes, entre rêve et réalité.

Je choisis de grimper au poste d’observation pour me consoler d’être raisonnable ; ce doit être encore mieux en hauteur. J’agrippe les barres glissantes, humides et froides, le brouillard commençant à se nicher dans mes cheveux bouclés. Là-haut, distinguant à peine le pont, je profite pendant quelques minutes non du paysage mais de l’ambiance. Lui consacrer du temps, en pleine conscience de notre ressenti, de ce que nous inspire notre environnement parfois exceptionnel, est un bon exercice. On parle couramment de l’intuition comme d’un sixième sens. Mais elle n’est pour l’essentiel que la capacité de notre esprit à synthétiser très vite les informations recueillies par nos cinq sens principaux. Dans notre vie quotidienne souvent trop rangée, organisée et prévisible, pour tout dire emprisonnante, nous n’utilisons plus assez nos sens. Faute de temps et d’utilité à les faire jouer de concert, l’acuité de nos canaux de réception pâtit des facilités de la modernité. Le silence devient rare ; la vue se heurte trop rapidement à des obstacles ; le goût se perd dans l’industrialisation de nos aliments… Ma rêverie est interrompue par une voix émergeant du brouillard : « Tu vois quelque chose ? » Sans voir mon interlocuteur, je réponds : « Non ». Silence sans suite. Je me sens obligée de descendre de mon poste d’observation pour me diriger vers le lieu d’où la voix semblait provenir. Une silhouette en mouvement se dessine peu à peu dans le brouillard. La suivant, je franchis la porte de la passerelle et arrive au poste de pilotage.

« Insomniaque ? » me demande un homme d’une soixantaine d’années, assis dans un fauteuil de navigation. Brun avec encore tous ses cheveux, les yeux bleus froids et délavés, le visage aux rides marquées, il a une cicatrice au cou et sa main gauche, la plus proche de moi, n’a rien de celle d’un pianiste. Son visage affiche une expression dure, très virile. « On ne voit pas beaucoup de jeunes femmes comme toi ici », dit-il sans me regarder. Je garde le silence, attendant la suite. J’ai froid. Le voyant se frotter les yeux, fatigué, je lui propose finalement :

– Voulez-vous que je vous amène un café ?

– Un café ??? Non… C’est l’heure de l’Amiral !

– Mais c’est vers midi l’heure de l’Amiral, pas en pleine nuit !

– T’en connais des choses, dis donc … L’Amiral ici c’est moi, on va avancer l’heure. Amène-le, derrière.

Dans un réduit, posée en évidence sur une petite table, une bouteille de cognac attend son heure. A côté, je vois bien sûr une petite icône de Saint Nicolas, protecteur des marins, des cahiers et des cartes, quelques livres et un marque-page orné d’une citation de Dostoïevski  : « Apprenez et lisez des livres intelligents, la vie fera tout le reste ».

Je reviens au poste de pilotage avec la bouteille. « L’Amiral » est debout et me tend un paquet de cigarettes. Il ne me demande pas si je fume et je ne dis pas que je ne fume pas ; je prends une tige. Nous sortons dans le froid polaire. Au bout d’une dizaine de minutes passées à sonder la brume, à emplir nos poumons de fumé et d’air glacé, à écouter la dislocation de la banquise contre la coque, nous décidons de retourner dans la chaleur douce du poste de pilotage, toujours aussi silencieux, à la pénombre troublée par les lueurs des écrans radar. Il me laisse passer devant lui et m’invite à m’asseoir dans son fauteuil, face à l’océan Arctique venant mourir sur les côtes brumeuses de Tchoukotka, face à l’immensité de nos rêves. Il ouvre la bouteille et me la tend.

– Sans verre ?

– Tu es la première à boire. Tu sors fumer tandis que tu ne fumes pas, mais tu réclames un verre pour le cognac… 

Pour la première fois, il sourit… Ses yeux se réchauffent. Ils n’évoquent plus la glace du Pôle dans toutes ses nuances, mais font apparaître une fêlure intérieure… Nous refaisons le monde pendant deux, peut-être trois heures. Son adjoint arrive finalement avec une empreinte d’oreiller sur le visage. « L’Amiral » remet alors sa carapace ; l’ambiance se rafraîchit. Les hommes s’apprécient, ils sont solidaires mais chacun reste à sa place. Me sentant de trop, je remercie pour le cognac et je sors. Dehors, le temps est toujours humide et brumeux ; j’ai hâte de retrouver mon lit chaud. Je ne sais pas si c’est moi ou le bateau qui tangue fortement. Soudain, j’entends à nouveau dans le brouillard une voix lointaine mais désormais connue : « Je m’appelle Andreï ! ».

« Il y a à découvrir les hommes, oui, les hommes », disait Jacques Brel.

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DANS LE PORT D’ANADYR…

Par Julia Rugens / Souvenirs de mon voyage d’exploration et de repérage en Tchoukotka, Russie (ou Chukotka en anglais) SUITE

Les ports, comme les aéroports et les gares, ouvrent sur des mondes parallèles ; la plupart des voyages commencent sur ces seuils spatio-temporels. Si beaucoup ne savent pas ce qu’ils cherchent ou fuient en partant, moi je le savais.

Le soleil s’épuisait à percer le gris épais d’une matinée brumeuse en Tchoukotka. Pour la première étape de notre raid de 10 jours, nous nous apprêtions à traverser en motoneige la baie d’Anadyr (Liman) gelée depuis des mois. Il faisait froid et nous attendions près du port notre chef d’expédition, en parlant de tout et de rien. De la vapeur s’échappait de nos bouches et narines, aussitôt dissipée. Nous étions un peu comme ces troupeaux de rennes croisés par la suite, fumant de chaleur corporelle.

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Je m’éloignai finalement du groupe pour marcher seule dans le port désert et enneigé d’Anadyr. J’avais très envie de voir de près les bateaux pris dans la glace, pareils aux noisettes d’une tablette de chocolat… L’écho des voix s’affaiblit peu à peu. Je me retournai après un virage et ne vis plus personne, rien que des bateaux. Il y avait là des chalutiers, navires patrouilleurs, bâtiments de guerre, pétroliers…

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Les coques rouillées de certains disaient qu’ils étaient trop abimés pour appareiller encore. Abattus par les tempêtes et les vents polaires, ils restaient là, silencieux, comme plongés dans leurs souvenirs, la neige recouvrant leurs plaies. D’autres espéraient encore repartir, attendant le printemps de leur libération. De leurs hublots aux paupières blanches de neige, ils semblaient me fixer apeurés, transpirant de givre, comme s’ils craignaient mon jugement sur leur sort. L’un d’entre eux m’impressionna particulièrement par sa taille et son allure. Je quittai l’allée principale pour l’approcher, mue par la curiosité. Est-elle une bonne raison pour quitter ainsi le « droit chemin » ?

Je pensais pouvoir faire le tour du port mais les bateaux étaient trop nombreux et je n’avais pas assez de temps devant moi. L’ambiance était si étrange, propre sans doute à tous les ports en hiver, endormis sous la neige, envahis par la tristesse et le froid. Je pensais à Ostende, Amsterdam, Dunkerque, Mourmansk et tant d’autres…

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Dans ce port d’Anadyr, si tous les bateaux étaient différents et plus ou moins abimés, ils avaient tous le cachet du passé soviétique. Notamment celui qui m’avait tant impressionné et chagriné à la fois, car complètement creux, comme vidé de sa substance par le trou béant de sa coque.

Plus loin, je quittai une autre allée à la vue d’un bateau penchant dangereusement. Après l’avoir contourné, je vis qu’il était appuyé sur son faux jumeau. Ils se tenaient encore debout en se soutenant l’un l’autre. Je m’enfonçai dans le petit passage entre les deux. Pendant quelques secondes, j’eus la sensation furtive et oppressante que leurs masses compressaient l’air autour de moi. Une illusion, comme l’était la personnalisation des bateaux du port. Au bout du passage, j’aperçu finalement mon groupe et un rire éclata au loin.

La vie m’appelait…

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