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Ma croisière décisive sur la Léna

V.I. pour Nord Espaces

La République de Sakha – ou Yakoutie – est une région sibérienne où l’on peut encore admirer une nature intégralement sauvage. Le climat y est souvent rude, en hiver (-50°C) comme en été (+35°C).

Je suis Yakoute, née en Yakoutie. En 2015, dans le cadre de mon Master 2 « Tourisme et Environnement », j’ai réalisé un stage de cinq mois chez Nord Espaces, avec pour objectif principal la conception d’un voyage à destination de ma terre natale. J’ai proposé une croisière au départ et à l’arrivée de Yakoutsk, allant des Colonnes de la Léna à Tiksi, sur le plus grand fleuve sibérien : la Léna (4 400 km). Pas moins de 2 400 km séparent Yakoutsk, capitale de la République, de la petite ville de Tiksi sur la côte de l’océan glacial Arctique. C’est ainsi que j’ai vécu 14 journées extraordinaires en tant que guide-interprète francophone, à bord du navire très confortable. La première grande croisière de ma vie !

Le premier jour, après la visite de plusieurs musées à Yakoutsk, nous avons pris dans la soirée la direction du parc national des Colonnes de la Léna, à 200 km au sud. Ses falaises escarpées en forme de colonnes, tout à fait exceptionnelles, s’étendent sur 40 km le long du fleuve. Cap au nord ensuite, pour rejoindre un affluent de la Léna – la rivière Bouhotama – et visiter un élevage de bisons. Jigansk est la première localité au-delà du cercle polaire. Une promenade dans les environs de Kissiur a précédé un concert donné par des artistes locaux. A notre arrivée en baie Neelov, la météo favorable a permis notre transfert en bus pour visiter Tiksi, qui était à l’époque soviétique le premier port et l’une des plus belles villes de Yakoutie. Mais elle connait aujourd’hui des difficultés économiques, au point d’avoir perdu beaucoup d’habitants. Les petites localités de Siktiakh et Sottintsy nous ont aussi accueillis.

Cette expérience inoubliable m’a permis d’obtenir mon Master. Cet été encore, j’accompagne des groupes francophones sur la Léna, avec un plaisir toujours renouvelé !

Programme Croisière sur la Léna / Yakoutie

Le Baïkal est vraiment magique…

Caroline & Hervé ( au retour du voyage Magie de glace )

Le voyage a été à la hauteur de nos espérances,  le baikal est vraiment magique.

Félicitations pour l’organisation sans faille, la compétence et la disponibilité des chauffeurs et guides. Maria a été très prévenante et nous a fait partager son amour de la région. Nous qui appréhendions quelque peu le voyage en groupe avons eu le plaisir de rencontrer des gens passionnés comme nous de découvertes et de voyages avec qui nous avons pu partager pendant tout le séjour. Nous n’hésiterons pas à vous recontacter pour un autre voyage.

Merci pour cette expérience et les beaux souvenirs que nous en garderons.

A EKATERINBOURG, EN SIDE-CAR OU EN AVION ?

Par Julia Rugens

La région russe de l’Oural (Ural) est associée à une chaîne de montagnes qui s’étire sur plus de 2 000 km, depuis les steppes du Kazakhstan jusqu’à la Mer de Kara, dans l’Arctique russe en se prolongeant en mer par l’archipel de Nouvelle-Zemble. En Russie, on aime dire que l’Oural est une frontière naturelle entre l’Europe et l’Asie et on considère la ville d’Ekaterinbourg comme la capitale de la région.

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Si la ville de Saint-Pétersbourg a été bâtie par Pierre le Grand comme une fenêtre vers l’Europe, la ville d’Ekaterinbourg, fondée par Catherine I, est devenue la clé d’entrée pour la Sibérie et ses immenses richesses : une gare importante du Transsibérien a naturellement trouvé sa place sur la ligne qui a fidèlement épousé l’ancienne Route Impériale de Sibérie ; cette ville, située loin des frontières extérieures et dans une région parsemée d’usines métallurgiques est logiquement devenue la référence des industries mécaniques du pays.

Plus encore que les articles d’armement, tout le monde a en mémoire le célèbre side-car URAL : récemment, Sylvain Tesson s’est fait une joie immense en nous rappelant son existence, puisqu’il a parcouru 4 000 km en Russie à bord d’un URAL (Sylvain Tesson, livre « Berezina ») . Le fan club URAL France se définit comme un lieu animé « par un esprit d’aventure inspiré d’un side-car authentique au destin exceptionnel, une fierté transcendée par des liens humains sans frontière de la France jusqu’à la Russie ». Pour les amateurs il y a même le concessionnaire d’URAL installé en Lorraine.

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Pour ma part, j’ai aussi mes souvenirs d’un URAL : notre URAL 6×6 tout terrain que nous utilisons au Kamtchatka , à l’Extrême-Orient russe, pour approcher les volcans par les routes forestières défoncées ou coupées par des coulées de lave. C’est aussi grâce à l’URAL que nous avons pu extraire un véhicule de la rivière où le sable enterre tout, aussi vite que la neige lors d’une avalanche.

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La dernière fois, je suis passée à Ekaterinbourg en hiver. J’ai commencé par visiter une nouvelle cathédrale très particulière puisque construite à l’emplacement même de ce qui était autrefois la cave de la maison Ipatiev où l’on a fusillé le Tsar, son épouse et leurs enfants.

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On dit que la fusillade ait duré de longues minutes… ils ont eu du mal à achever les femmes. Comme toutes les aristocrates russes, elles avaient caché dans leurs corsets recousus à la main des pierres précieuses et des bijoux… alors… les balles dérapaient sur elles tandis que les assassins s‘acharnaient encore plus…Les corps ont été ensuite jetés dans la mine Ganina Yama à 17 km de la ville.

Aujourd’hui, sur place, dans une forêt ravissante, ensoleillée, pleine d’écureuils, de bouleaux, de pins et de sapins dont l’ombre se détache sur la neige très blanche, je distingue 7 chapelles en bois pour chacune des victimes : Maria, Tatiana, Anastasia, Olga, Alekseï, Nicolas et Alexandra, tous à présent canonisés par l’Eglise orthodoxe.

Cet endroit est devenu un lieu de pèlerinage et l’ambiance sur place est très orthodoxe. Je porte un pantalon de ski, une doudoune rouge et un gros foulard en laine blanche qui me protège du froid. A l’entrée du sanctuaire, je dois mettre une jupe « taille unique » par-dessus mon pantalon de ski. Selon les traditions je devrais aussi me couvrir la tête, c’est déjà le cas. Ce n’est pas fini : je me fais aussi reprendre par un pope qui m’indique « pour mon information » qu’il est mieux de porter le rouge pour Pâques… Les bulbes de 7 chapelles brillent au soleil, l’environnement est de toute beauté : au travers d’une porte entrouverte de la chapelle de Tatiana, j’entends un cantique, chanté a capella … Avant de partir, je ne résiste pas à l’achat d’un jeu de photographies en noir et blanc avec quelques citations tirées des mémoires de proches de la famille impériale.

Si les palais de Saint-Pétersbourg sont remplis d’objets d’art, de vases et de colonnes en malachite en provenance de l’Oural, la ville d’Ekaterinbourg est, elle, parsemée de sculptures de toutes sortes en bronze et en fonte. La matière première étant à portée de main, on n’hésite pas à en mettre un peu partout. On va retrouver statufiés Mickael Jackson, les Frères Lumières, Pouchkine, Vysotski, mais aussi des personnages banals comme un plombier, un passager, un docteur, un sportif ou plus étonnant comme ce gros chien qui ramasse courtoisement derrière lui.

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J’ai dû amener en France 1 kg de pierres ! De signe astrologique Balance, je n’arrivais pas à me décider au marché entre les colliers, les bracelets, les renards, les loups, les tortues et les ours en malachite, onyx, agate, jaspe, lazurite, aventurine (joli nom n’est-ce pas ?) etc. etc. En général on cherche quelque chose à offrir à une personne ; moi, devant l’immensité du choix et succombant à toutes ces tentations, je cherchais à qui je pourrai offrir les fruits de mes faiblesses.

J’ai aussi adoré cette grande patinoire scintillant au soleil où les petits et les grands profitent ensemble de moments de gaité, les pêcheurs installés en plein centre-ville sur l’étendue d’eau gelée ;

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j’ai aussi craqué pour une chapka après avoir essayé une dizaine. En hiver il est enivrant de faire une petite escapade en motoneige dans l’un des Parcs Naturels autour d’Ekaterinbourg, dormir une nuit dans la forêt sur place et continuer avec une balade équestre avant de rentrer en ville.

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Il y a à Ekaterinbourg de très jolies églises et la magnifique Maison de Sevastianov, des musées et des théâtres, de bons bars où on danse rock & roll, des boulangeries où on déguste des « pontchiks », des gens qui ont beaucoup d‘humour et…

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plein d’autres choses que je vous raconterai si tout à coup vous avez envie de partir pour découvrir cette Sibérie froide, inhospitalière, terre de goulag et des soviets, des cochers ivres et tutti quanti…  🙂

Un exemple de voyage à Ekaterinbourg ?

Il vaut mieux tout de même privilégier l’avion au side-car pour se rendre à Ekaterinbourg. Donc, correspondance à Moscou et vol Aeroflot vers Ekaterinbourg.

Breaking news 2017 : Brand Finance place Aeroflot dans le classement mondial des compagnies aériennes à la première place avant Emirates et American Airlines selon les nombreux critères ; je cite « les normes de sécurité de la compagnie russe sont parmi les meilleures au monde ». Et comme, en général, le monde anglo-saxon ne fait pas de cadeaux, je vous laisse en tirer la conclusion 🙂

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TCHOUKOTKA : L’HOMME QUI VENAIT DU FROID

Interview avec Evgueni Bassov, voyageur russe de la Tchoukotka, par Julia Snegur

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Pour son premier voyage en Europe, en France, Evgueni Bassov, voyageur écrivain russe de la Tchoukotka nous a fait découvrir un autre Nord, tout à l’est de la Russie.

Avec son sourire désarmant et ses yeux bleus, la peau bronzée par les vents polaires, gêné comme peut l’être un homme qui a parcouru à pied des milliers de kilomètres dans la toundra polaire et qui se retrouve pour la première fois en Europe, à Paris, sans parler un seul mot de français, voici Evgueni Bassov.

Historien et professeur d’école, devenu aventurier et écrivain… La vie n’est pas une ligne droite…

Nous terminons en France un cycle de 4 conférences – rencontres avec Evgueni Bassov qui nous a fait voyager dans le temps et dans l’espace, entre traditions et modernité, toujours plus à l’est, à travers toute la Tchoukotka, de la Kolyma jusqu’au détroit de Béring.

Avant son retour en Tchoukotka où l’hiver s’est déjà franchement installé, profitant des précieux rayons du soleil sur la terrasse du café parisien, tout juste à côté du restaurant PROCOPE où nous avons dîné à la veille (clin d’œil aux connaisseurs historiens) Evgueni Bassov répond à mes questions.

Après vos conférences, plusieurs personnes semblent intéressées par votre région. La question principale posée est celle du choix du voyage. Compte tenu de la superficie de la Tchoukotka quelle est la partie la plus intéressante ?

Les 4 sous-régions sont totalement différentes. En réalité, peu importe. L’essentiel c’est de comprendre que la Tchoukotka toute entière ne peut pas être perçue selon les schémas traditionnels du tourisme. Ce n’est pas une terre de curiosités touristiques mais celle des sensations curieuses. La Tchoukotka est une autre planète. La Tchoukotka est un état dans un état. Son hymne est le vent, son drapeau est le soleil, sa loi est celle de la toundra, sa devise sont les rapports humains.

Quand vous voyagez en dehors de la Tchoukotka qu’est-ce qui vous étonne le plus ?

J’ai grandi à Providenia, au bord de la mer de Béring où les vents sont constants et les tempêtes sont sévères. La vie a du mal à s’accrocher ici, il n’y a que les cailloux. Mon premier étonnement de gosse a été de découvrir la profusion et la taille des arbres. C’est extraordinaire, les arbres ! Depuis je ne cesse pas de m’émerveiller de cette création de la Nature.

Vous êtes souvent en vadrouille, parfois vos expéditions sont longues, voire dangereuses. Comment votre famille réagit face à vos absences ?

Ma réponse vous déplaira probablement mais il faut vivre en Tchoukotka pour déchiffrer certains codes… La vertu principale de la femme plus particulièrement en Tchoukotka est la patience. La femme attend toujours, l’homme part toujours… à la guerre, en expédition, au bania, au foot, à la pêche, dans la toundra, au diable ! L’homme a besoin de bouger, besoin de relever des défis. L’appel de l’extrême n’est pas une pose, c’est un désir inconscient de l’homme de survivre comme espèce… L’adrénaline est comme l’air pour un homme. L’homme est plus efficace dans les moments de stress, le traintrain lui ramollit la cervelle. Mais il part pour revenir et il revient toujours s’il est attendu. J’aime ma femme.

Certaines femmes ne seront pas d’accord avec vous ?

Heureusement ! Le monde a besoin d’exceptions, elles animent l’esprit critique. Les baroudeuses sont les bienvenues, homme ou femme, c’est l’esprit qui est important.

Je sais qu’il vous arrive de guider des groupes d’amateurs d’extrême. Qui sont-ils ?

Ce sont des hommes, avant tout. La virilité et la bravoure, pas toujours justifié d’ailleurs, fait partie de la civilisation russe depuis des siècles. Dans le monde d’aujourd’hui, l’homme à col blanc a besoin de se sentir homme. Et il n’y a que la Nature sauvage qui est capable de lui fournir la charge énergétique nécessaire. Ni la salle de sport, ni le jogging dans Central Park, rien ne replacera cette extraordinaire sensation de liberté. Sans parler de la leçon de vie et de la sagesse ancestrale qui vous pénètre par vos talons quand vous marchez dans la toundra. C’est une thérapie contre les obsessions perverses de la modernité. Dans la toundra on réapprend à se faire confiance, à s’écouter, à partager.

Est-ce que parmi vos périples, il y a des itinéraires qui sont accessibles aux personnes en bonne forme physiques sans être de grands sportifs ?

Bien sûr ! Il y a des itinéraires tout à fait accessibles à tous. Il y a des voyages qui sont principalement à caractère ethnographique, à la rencontre des Tchouktches éleveurs de rennes ou chasseurs des mammifères marins. Mais pour apprécier le voyage il faut accepter deux choses. D’abord, l’inconfort, puisque rien n’est fait ici pour le tourisme. Le tourisme en Tchoukotka est à l’état embryonnaire ; il se développe non pas « grâce à » mais « malgré tout ». Cette terre est encore à explorer ; apprécions cela à sa juste valeur. Deuxièmement, l’inconnu du timing. Nous sommes à la merci de la météo et l’aviation est le seul moyen de se déplacer à l’intérieur des terres en été. Il faut donc lâcher prise à l’avance, se détacher de ses attentes ou de ses impatiences et vivre le voyage tel que des forces qui nous sont bien supérieures le veulent bien. C’est certainement dur à accepter pour l’occidental vivant dans une grande ville moderne, mais c’est ça le voyage. A l’aventure donc !

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Vous avez aimé la France ?

                J’ai adoré, je reviendrai…

Encore sur la Tchoukotka